La semaine dernière, HES LGBTI+ a rencontré, dans le cadre d’une réunion à l’hôtel de ville de Paris, Davis Mac-Iyalla et Daniel, deux militants du « Réseau interconfessionnel diversité d’Afrique de l’Ouest (IDNOWA) ». Ce fut l’occasion d’un échange particulièrement constructif sur les conditions des LGBTI+ au Ghana. 

Les deux activistes parcourent actuellement l’Europe afin d’alerter l’opinion publique et les décideurs sur un nouveau projet de loi porté au Ghana par la droite au pouvoir (avec un Fort soutien de l eglise, et pousse par la droite religieuse Americaine), qui vise à criminaliser les personnes LGBTI+ et toute personne, institution et organisation supposée les aider. 

Si l’homosexualité au Ghana est déjà interdite (depuis l’époque coloniale), ce pays fait face depuis plusieurs années à une recrudescence de discriminations et d’agressions LGBTIphobes. 

Le 31 janvier dernier, l’association LGBT Rights Ghana avait réussi à ouvrir en plein Accra, la capitale ghanéenne, un centre social qui devait apporter aux personnes LGBTI+ un lieu d’informations, un refuge et point d’entraide au quotidien. Une première dans ce pays, cependant, l’intervention musclée de religieux et de membres du gouvernement lors de son inauguration a mené à sa fermeture définitive.

Le projet de loi défendu par le parlementaire Sam Nartey George – à l’homophobie notoire – prévoit une peine allant jusqu’à dix ans de prison ferme pour les LGBTI, mais également de cinq à dix ans de prison pour toute personne promouvant via les réseaux sociaux, « une activité interdite ». Et peine identique pour « toute personne qui financerait ou parrainerait des activités LGBTQ+ ». Une catastrophe pour la société civile également, qui n’ose plus se prononcer sur le sujet, de peur d’attaques et de harcèlement. Le texte législatif prévoit pour les personnes intersexes l’obligation de recourir à une opération chirurgicale afin de fixer son sexe biologique.

Les « thérapies de conversion » encouragées

De plus, les « thérapies de conversions » (religieuses et sans aucun fondement scientifique reconnu) seront encouragées pour les gays, lesbiennes ou bisexuel·les, leur offrant même une peine flexible pour toute personne qui se rétracte ouvertement ou qui a recours à ces pratiques.

Selon le projet de loi, ce type de thérapie « reflète la politique de soutien et d’assistance aux personnes qui, pour des raisons psychologiques ou biologiques, peuvent devenir des proies faciles au mode de vie des personnes “LGBTTQQIAAP+” ». La délation homophobe sera aussi encouragée, puisque le texte législatif prévoit une obligation de signaler aux autorités des « comportements » ou « attitudes » LGBTI+ sous peine d’être soi-même en infraction pénale. 

Les Églises et l’opinion publique pour la discrimination

Dans un pays de plus en plus conservateur, les leaders religieux, en grande majorité, adoubent le projet de loi à l’instar de la population ghanéenne. Selon une enquête de l’Africa Center for International Law and Accountability (ACILA), 87 % de la population soutient l’interdiction pour les personnes LGBTI+ de tenir des réunions publiques et 75 % approuvent les déclarations homophobes des représentants de l’État et des chefs religieux. Par conséquent, les associations LGBTI+ ne peuvent accomplir leur mission, obligeant les personnes LGBTI+ à se cacher. 

Le Conseil chrétien du Ghana ainsi que le Conseil pentecôtiste et charismatique du Ghana (GPCC), un groupe de coordination de 200 églises et ministères, ont publié une déclaration conjointe soutenant le projet de loi. Ils ont exhorté le Parlement à adopter le projet de loi et le président Nana Akufo-Addo à le signer, affirmant que l’homosexualité est « un comportement inacceptable que notre Dieu désapprouve » et « étranger à la culture ghanéenne et au système de valeurs familiales ».

L’importance du poids des structures cléricales réactionnaires dans une société mène à des situations où les oukases contre des initiatives pour les droits individuels font figure de normes du débat public. On ne peut que constater que là où les dirigeants religieux trouvent, au sein des pouvoirs civils, des courroies de transmission de leurs discours, la diffusion de leurs idéaux conservateurs, dangereux pour les droits et libertés, est facilité et la libération de la parole LGBTIphobe des dirigeants politiques et des religieux ne s’embarrasse d’aucune périphrase pseudo-scientifique.

Des difficultés supplémentaires pour les LGBTI+ ghanéens

Selon Davis Mac-Iyalla, le soutien de l’église à la loi est particulièrement terrifiant, car de nombreuses personnes LGBTI+ au Ghana sont elles-mêmes des chrétien·nes engagé·es. Ces personnes sont alors contraintes à un choix binaire, entre leur foi religieuse ou leur orientation sexuelle/identité de genre. Cette bascule LGBTIphobe s’explique aussi par le contexte politique du Ghana. Si le président Nana Akufo-Addo, briguant un second mandat, avait affirmé qu’il ne légaliserait pas le mariage pour les couples de même sexe, les débats sur l’homosexualité ont été relancés par l’opposition se servant de l’homophobie latente pour s’assurer du soutien primordial des chefs d’Église et des nombreux fidèles pour les prochaines élections.

Les lobbies religieux réactionnaires à la manœuvre

De plus, le Congrès mondial des familles (CMF — World Congress of Families/WCF), organisation religieuse fermement opposée à l’avortement, au divorce et aux droits LGBTI+ basée aux États-Unis, a affirmé sa volonté, en Afrique, de faire du Ghana « un défenseur plus actif du mouvement mondial en faveur des valeurs familiales ». Le WCF prévoit de plaider pour l’adoption de politiques publiques soutenant la soi-disant « thérapie de conversion » et une compréhension des personnes LGBTI+ comme « déviantes », tout en attaquant l’éducation sexuelle et les droits des femmes au Ghana.

Ces structures transnationales érigeant leur politique réactionnaire en étendard de leur action locale doivent être dénoncées et leurs têtes de pont et soutiens, en France comme en Europe, doivent être nommés et dénoncés. À l’image de CitizenGo et de son bus du « gender ». En 2016, la Géorgie, membre du Conseil de l’Europe avait accueilli dans sa capitale, une édition du CMF où s’étaient tenus des propos très clairs qui plaçaient les droits LGBTI comme des ennemis à abattre face aux religions.

Mardi 26 octobre, le Parlement ghanéen a commencé à étudier le projet de loi controversé, difficile de prédire l’avenir de ce projet de loi soutenu par une majorité de la population, mais dénoncé par les militants, associations LGBTI+ et par la communauté Internationale (et également le soutien de l’expert de l’ONU sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre). Le président ghanéen, qui aura le dernier mot sur ce projet de loi, choisira-t-il de donner une image ouverte du Ghana afin de faire revenir la diaspora ghanéenne ou cèdera-t-il à la pression de ses opposants politiques ?

HES LGBTI+ rappelle son soutien aux associations locales LGBTI+ ghanéenne, comme à tou·tes les militant·es du continent africain et dénonce toutes les politiques visant à stigmatiser, discriminer et pénaliser les personnes LGBTI+, quelle que soient leur inspiration ou leur origine historique.