Abattue le 14 mars 2018 en plein centre de ville de Rio alors qu’elle se rendait à un rassemblement pour la promotion des femmes noires. Marielle Franco, symbole de la lutte queer afro-brésilienne, était une fervente défenseure des droits humains, si sa voix s’est éteinte sa mort a réveillée des milliers d’autres. Un mouvement trans-nationale réclamant la justice pour Marielle ainsi que la nécessité vitale de continuer ses combats s’active dans de nombreux pays.

Enfant des favelas, Marielle Franco née en 1979 à Rio de Janeiro où elle étudia la sociologie. Spectatrice de la mort d’une amie par un échange de balles entre policiers et trafiquants, son engagement pour la défense et la promotion des droits humains émerge ce jour-là.
À 27 ans, elle devient l’assistante parlementaire de Marcelo Freixo, député du PSOL engagé contre les violences paramilitaire. Symbole du combat contre le racisme, les violences policières et les actes anti ‑LGBTI+, elle s’engage en tant qu’élue en 2016 et plaide contre les violences faites aux femmes en défendant un projet de loi visant a recenser les statistiques de violences faites aux femmes. Elle plaida également pour le droit au logement pour les populations les plus marginalisées et les plus pauvres.

Dénonçant sans relâche les violences policières notamment celles du 41e bataillon de police militaire, Marielle Franco était devenue persona non grata de la droite brésilienne soutenue en majorité par de nombreux membres ou ex-membres des forces de sécurité.

Trois ans après, son crime n’est toujours pas élucidé. De justice expéditive, lorsqu’il s’agit de lutter contre les trafics de drogues, la justice traîne pourtant pour résoudre le crime d’une femme engagée. En effet, les longueurs de l’enquête judiciaire ne font nul doute quant aux liens étroits entre les assassins de Marielle Franco et les proches de la famille de Jair Bolsonaro.

Plus récemment, le ministre de la Sécurité publique, Raul Jungmann, a reconnu que des politiques sont impliqués dans le crime de la conseillère municipale, un crime qui serait alors méticuleusement préparé pour faire taire une voix jugée trop forte. Malgré l’arrestation des deux meurtriers, l’enquête piétine toujours et n’est toujours pas résolue.

Racisme homophobie et misogynie au Brésil

Dans un Brésil en proie au racisme, à l’homophobie et la misogynie, la voix de Marielle Franco, femme noire, lesbienne et de gauche dérangeait.

Si officiellement, la Constitution brésilienne interdit toute forme de ségrégation due à des préjugés ethniques (loi Afonso Arinos du 3 juillet 1951), officieusement, les discriminations et les inégalités sont aujourd’hui institutionnellement approuvés depuis l’élection du président d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Le racisme mortifère du président nationaliste n’est malheureusement pas inconnu, il s’en sert de d’idéologie, véritable de lance politique, qui renforce et ragaillardit les bas instincts du fascisme toujours présent au Brésil.

L’accession au pouvoir de Bolsonaro a aussi balayé d’un revers de la main toutes les avancées des droits LGBTI+. Dans un Brésil qui détient le macabre record du pays qui compte le plus grand nombre de crimes contre les personnes LGBTI+ (d’après l’Association Nationales des Travestis et Transgenres), peu après son investiture la communauté LGBTI+ a été rayée du ministre des droits humains.

De plus en plus de personnes LGBTI+ sont ainsi marginalisés et nombreuses personnes transgenres sont dans l’obligation de se cacher pour leur propre sécurité. En effet, l’espérance de vie des LGBTI+ au Brésil ne dépasse pas les 35 ans, contre 75 ans pour la population hétérosexuelle. Second pays d’Amérique Latine à avoir légalisé le mariage entre personnes de même genre, le Brésil voit aujourd’hui ses citoyens LGBTI+ assassinés, dans une omerta institutionnelle.

Alors, peut-il encore exister au Brésil un espoir pour la défense des droits de la femme lorsque son président fait l’apologie de viol en direct à la télévision ? Dans un Brésil déjà miné par le racisme systémique et l’homophobie d’État ‚que reste t‑il de l’héritage de Marielle Franco ?

Des lueurs d’espoirs émergent au Brésil

Djamila Ribeiro, philosophie, journaliste afro-féministe et Secrétaire aux droits humains à Saõ Paulo, continue le combat de Marielle en militant pour que le féminisme et les luttes contre l’homophobie et le racisme convergent ensemble. Dans un pays rongé par le racisme et les inégalités sociales, l’auteure de Chronique sur le féminisme noir, et de La place de la parole noire, croit en la force de résistance citoyenne par l’émergence de femmes au sein du monde politique et associatif. Véritable référence du mouvement féministe noir au Brésil, elle bouleverse les consciences préétablies en théorisant différents concepts tels que: le patriarcat, la lutte des droits LGBTI+, le féminisme noir et l’autonomisation des femmes.
 

Erica Malunguinho est la première femme transgenre à l’Assemblée législative de l’Etat de Sao Paulo. Militante pour les droits des femmes, des LGBTI+, des personnes noires et des indigènes, la députée s’est notamment illustré par son engagement autour des problèmes de logement qui touchent particulièrement les personnes LGBTI+. Afro-descendante, elle défend l’importance du devoir de mémoire des afro-brésilien.nes pour se réapproprier leur histoire trop longtemps laissée aux oubliettes. Entrant en fonction au parlement pratiquement jour pour jour après l’assassinat de Marielle Franco, elle continue son combat pour rendre plus visible la communauté noire à travers la culture et la politique.