Après la reconnaissance du mariage pour tous (aujourd’hui légal dans huit pays d’Amérique du Sud) et la conquête du droit au changement de la mention de genre à l’état civil pour les personnes non cisgenre (possible dans une dizaine d’États), l’Amérique du Sud s’apprête à reconnaitre les genres non binaires.

Depuis le 1er mars, une décision de la Cour suprême colombienne reconnaît le droit d’un·e citoyen·ne à porter la mention « non binaire » dans la carte nationale d’identité. La décision oblige aussi l’État colombien d’ouvrir cette possibilité à toute personne faisant la demande dans un délai de six mois.

La Colombie est donc le troisième pays sud-américain à permettre officiellement une identification non binaire de façon volontaire, derrière l’Argentine et l’Uruguay. À ceux-là, s’ajoute le Chili où cette possibilité reste réservée aux personnes intersexes « de naissance ».

L’Argentine et l’Uruguay sont les seuls pays du continent qui ont ouvert la porte à l’identification du genre basée uniquement sur l’autodétermination sans aucun besoin de vérification psychologique ou d’intervention médicale. Dans le cas de l’Argentine, la loi d’identité de genre, approuvée par le parlement en 2012, permet aux personnes transgenres de modifier leurs civilités sur simple demande aux services de l’État. En revanche, l’identification restait binaire, avec uniquement les mentions « homme » ou « femme ».

En novembre 2018, la province de Mendoza reconnaissait les premières personnes non-binaires en octroyant des actes de naissance et cartes d’identité sans indication du genre. Ceci s’est généralisé au niveau fédéral par un décret du président Alberto Fernandez relatif à la possibilité de choisir un troisième genre lors de la demande du DNI (carte nationale d’identité).

En Uruguay, la Loi pour les personnes trans de 2018 reconnaît le droit à l’autodétermination même dans le cas d’un genre non encadré dans la classification binaire masculin/féminin. Dans ce cadre, l’Uruguay s’apprête même à reconnaître les genres non binaires dans le cens national de 2023. Depuis 2010 l’Amérique du Sud fait de grandes avancées concernant la reconnaissance des droits LGBTI+, notamment grâce à l’activisme des associations et parfois avec l’accompagnement d’élu·e·s progressistes. Plusieurs pays de la région sont en effet aujourd’hui en tête de course dans la protection des personnes LGBTI+.

Dans certains pays, comme l’Argentine, l’Uruguay et le Chili, les gouvernements ont joué un rôle clé dans la promotion de lois charnières à l’instar du mariage « égalitaire ». Dans d’autres pays, tels que la Colombie ou le Brésil qui sont gouvernés par des partis réfractaires à l’égalité, voire aux discours et pratiques politiques discriminantes (l’extrême droite bolsonarienne est ouvertement LGBTIphobe) c’est par la voie juridique que les personnes LGBTI+ ont pu conquérir graduellement des droits.

La proximité régionale, ainsi qu’une certaine intégration politique, a montré aussi un effet domino parmi les différents pays en matière de droits LGBTI+. Avec l’exemple récent de la Colombie, les associations militant pour les droits LGBTI+ sur l’ensemble du continent, espèrent que ce sera prochainement le cas pour la reconnaissance de personnes non-binaires.

En dépit de ces avances légales, les personnes LGBTI+ en Amérique du Sud souffrent toujours de multiples discriminations, elles restent la cible de violences (verbale et physique) et connaissent des conditions de vie plus précaires que le reste de la population, c’est particulièrement vrai pour les personnes transgenres et non-binaires.