Cette semaine le crédo du Sénat a été : En Marche Arrière! la deuxième lecture du projet de loi bioéthique est l’occasion des pires renoncements et des reculades. Le gouvernement joue les illusionnistes pour le calendrier parlementaire sur la bioéthique et la PMA en introduisant nombre de nouveaux projets de lois, et se retrouve incapable de convaincre le Sénat et conserver les maigres avancées qui avaient pourtant été accordées auparavant par ces mêmes élus de la chambre haute…

Refus injustifiable… justifié par des arguments à l’air de déjà vu

Le projet de loi bioéthique, tel qu’il est aujourd’hui à l’issue des travaux du Sénat, fait perdurer une injustice qui a déjà trop longtemps duré.

En effet, comment les sénateurs de droite justifieraient le fait que la loi accepte depuis 1966 l’adoption par une personne seule, homme ou femme, mais pas la PMA pour toutes ? De même, l’adoption par les couples homosexuels est légale depuis le vote du mariage pour tous en avril 2013, elle était déjà largement acceptée par la société bien avant. Alors, un enfant adopté par un couple homosexuel se développerait correctement mais pas celui élevé par un couple de femmes après une PMA ? Chacun·e peut voir le ridicule de ces pseudos « analyses »…

Sans compter les errements dans les votes du Sénat qui a choisi d’autoriser la PMA post-mortem avant de revenir dessus.

Où est la logique dans les arguments présentés ? Quel est le chemin suivi pour la cohérence des positons de la droite sénatoriale ?

Qui peut comprendre autre chose qu’une lesbophobie qui refuse de dire son nom et le rejet de la liberté de choix des femmes hors de la présence de l’homme?

De même, le vote des sénateurs conservateurs serait-il justifié par le refus de recourir à un tiers donneur ? Cette pratique est autorisée de longue date, puisque permise depuis 1973. Elle ne peut donc pas être un motif à un tel vote, sauf à considérer qu’un tel recours doit être caché à l’enfant, ce que ne pourront bien évidemment pas faire les couples de femmes qui elles garantiront forcément à l’enfant de vivre dans la vérité sur sa conception.

Cacophonie et retour en arrière font le jeu des discriminations

Le Sénat a donc refusé la PMA pour toutes. Au-delà des arguments développés pour arriver à une telle conclusion, il semble dommage que les élus de la majorité sénatoriale n’aient pas pris en compte la réalité des situations avant de voter. La loi bioéthique doit être le reflet de la société réelle, de son évolution, des avancées scientifiques et de la diversité des vies d’aujourd’hui. C’est à elle qu’est confié le soin de créer le cadre normatif et légal pour que notre loi ne continue pas d’être étrangère à notre vie.

Ce refus veut-il dire qu’aucun enfant ne serait né dans un couple de femmes ou d’une femme seule par PMA ? Naturellement non ! Nombre de nos voisins européens sont en effet plus avancés que nous sur la question et accueillent les Françaises auxquelles leur pays refuse la PMA, faisant naître plus de 2 500 bébés et autant de familles heureuses par an.

Mais le refus des sénateurs continue d’engluer la France dans une situation actuelle largement inégalitaire. Ainsi, au lieu de refuser la PMA pour toutes qui existera toujours, ils ont continué de réserver celle-ci aux femmes ayant les moyens financiers et matériels de se déplacer dans les cliniques à l’étranger.

Il ne s’agit en effet pas que des coûts médicaux mais aussi des coûts financiers (nuits d’hôtels, déplacements, traitements non remboursés…), écologiques (longs trajets à l’étranger) et humains (jours de congés, stress, fatigue…). Une discrimination de plus…

Oser dire que ce refus serait justifié par la volonté de ne pas créer une discrimination entre les femmes ayant recours à la PMA et les hommes ne pouvant naturellement pas y avoir droit relève de l’hypocrisie la plus totale.

Nous saluons au passage le travail de terrain, d’accompagnement et d’expertise remarquables des associations homoparentales, notamment l’ADFH et l’APGL.

Il faut saluer aussi et remercier aussi pour leur travail d’amendements, d’explication et leurs votes les sénateurs de gauche PS, PCF et EELV.

Entre reculs et reports, une chose est désormais tristement sûre : alors que la promesse présidentielle d’un candidat victorieux est en vigueur depuis 2012, que le Comité National Consultatif d’Ethique (CNCE) a donné son feu vert en juin 2017 (après de multiples commissions et comités), aucune femme ne pourra faire une PMA « made in France » avant – au moins – la fin du mandat d’Emmanuel Macron, en mai 2022.

SI nul ne croit plus au progressisme autoproclamé de ses débuts, tout le monde sait désormais à qu’on s’en tenir sur ses positionnements sur les « questions de société », qui restent, avant tout, des questions sociales.