À nouveau, le second tour d’une élection présidentielle en France oppose la droite à l’extrême droite. Ce résultat répétitif devient quasi-cyclique. Il est insupportable pour les citoyen·ne·s de gauche. Mais contre l’extrême droite et le fascisme masqué, même « ripolinés » depuis des années, on ne peut rester silencieux et laisser faire.

Ce dimanche 10 avril 2022, à nouveau, ont été désignés comme compétiteurs pour le second tour de l’élection présidentielle, un candidat de droite et une d’extrême droite. L’histoire semble se répéter, comme une mauvaise farce et place à nouveau la France au bord du précipice, devant un non-choix pour les 5 prochaines années.

L’histoire et les expériences récentes (aux États-Unis, en Hongrie) montrent clairement que l’extrême droite cause des dégâts souvent irréparables, détruit la démocratie, propage les « intox » et fait tout pour ne pas rendre le pouvoir, même en perdant dans les urnes. Les libertés seraient immédiatement coupées à la hache par Le Pen : médias, associations, syndicats…

Il faudra en outre très vite que le président Macron abandonne ses pires projets (sur les retraites, le RSA, le Smic, la protection sociale, l’audiovisuel public, les universités…) et réalise que la défiance permanente et la hausse des violences contre les élus notamment sont des maux très graves dans une démocratie qu’il aura malmenée.

Les LGBTI, cibles évidentes du RN, comme les autres minorités

Les gays, lesbiennes, bis, trans et intersexes seront, avec d’autres groupes minoritaires ou minorés, les premières cibles et victimes des mesures et décisions du RN. À l’instar de ce qui se passe au quotidien depuis 8 ans dans les mairies de l’ex-Front national (FN)…

Il n’est pas question de leçon de morale et de bilan sévères à proférer en ce jour. Il nous faut constater ce que sont les résultats de la désunion et des désaccords à gauche, de la rigidité et la sécheresse des institutions d’une République de moins en moins représentative. Les analyses de fond à faire, indispensables pour regagner la confiance du peuple, remontent à 2007–2010 (Sarkozy ayant largement repris des thèmes et propos FN) voire 2002, la société française est très fracturée et largement déboussolée. Nous sommes dans un très mauvais « remake », sortons-en au plus vite.

Il faut aussi entendre un sentiment de colère qui monte chaque fois un peu plus et que nul ne semble entendre, et en premier lieu les sortants. Face à elle, il n’y a ni résignation à avoir ni fatalité devant laquelle s’abstenir. La campagne a été inaudible presque partout, les programmes n’ont été ni lus, ni comparés, ni mis en lumière par les médias, tout s’est concentré sur le « buzz », le « bashing » et le ricanement, autant de penchants aussi superficiels que délétères pour le débat démocratique.

L’action politique, à gauche, commande de faire comprendre aussi que l’organisation sociale, par les moyens associatifs et syndicaux, doit être une perspective pour cette colère, afin d’en construire quelque chose. Tandis qu’un vote Le Pen ne représente qu’un faux-fuyant très dangereux à court et long terme.

On voit bien aussi que les programmes de Le Pen et Zemmour étaient de quasi-clones, avec bien moins d’outrances pour l’un, mais au final ce sont les 2 faces d’une même pièce évidemment LGBTI-phobes, raciste et excluante, fonctionnant encore avec des boucs émissaires faciles. Et c’est une pièce sur laquelle jamais on ne vous rend jamais la monnaie…

On l’a même entendue après le 1er tour parler de référendum sur tous les sujets, même si cela est contraire à la Constitution et aux traités signés par la France. Cela doit être entendu comme une très forte alarme sur les sujets des droits humains, des femmes et des LGBTI en particulier. Ce ne sont pas quelques discours et une petite poignée de « gays alibis » qui feront oublier que ce parti a toujours pris position et voté contre l’égalité des droits : contre le Pacs, contre les « Prides », contre les subventions aux associations LGBTI, contre l’adoption et le mariage pour tous, contre les droits des trans, contre la PMA…

L’extrême droite n’est jamais une option politique comme les autres

L’extrême droite n’est pas équivalente ou « moins pire » que Macron ne l’est. La candidate du second tour et tout le clan Le Pen ont pour modèle, voire pour idole, les Orban (en Hongrie) et Poutine (en Russie). Ce sont des leaders réactionnaires, appuyés par des traditionalistes religieux, qui mènent depuis trop longtemps des politiques très dures anti-LGBTI+ ! Ils ne font pas cas de l’état de droit et du respect des institutions, des traités signés par leurs pays, les tordant, modifiant ou les enjambant à leur guise.

Non, il n’y a pas d’équivalence entre Macron et Le Pen. Aucune sur le plan des principes et des libertés. Après des froids tactiques avec son père Jean-Marie, il est clair que celui-ci soutient son héritière et elle a récemment déclaré que son père serait « bien sûr présent à l’Élysée » à ses côtés si elle y accédait.

Les exemples concrets des « réalisations » et des choix politiques de l’extrême droite au pouvoir sont nombreux et notamment en Europe. Des zones sans LGBT en Pologne, aux référendums sur les trans en Hongrie, de l’interdiction de livres évoquant l’homoparentalité à l’interdiction d’ouvrages parlant des sujets LGBTI aux mineurs (et tout ça sans compter les blocages institutionnels, les actions juridiques des pouvoirs pour interdire l’accès aux droits des LGBTI, dans leur pays, comme dans l’Union)…

En termes de santé sexuelle et de lutte contre les IST et le VIH-sida, nous connaissons hélas trop les postures et impostures des Le Pen, qui sont tragiquement discriminatoires, hostiles aussi aux libertés sexuelles et très loin des expertises de terrain des chercheurs, médecins et associations.

L’extrême droite, RN ou autre, ce n’est jamais une candidature ni un projet politique comme les autres.

Barrer la route au danger fasciste avec le bulletin de vote Macron

Le seul outil dont nous disposons le dimanche 24 avril 2022 pour dire non à cette candidature et barrer la route à l’extrême droite est le bulletin de vote pour Emmanuel Macron. Nous l’utiliserons sans trembler. Sans pour autant lui signer un chèque en blanc. Tant qu’à choisir, nous choisissons un locataire de l’Élysée que nous pourrons combattre avec les moyens que permettent nos institutions.

Devant les risques d’une accession au pouvoir de l’extrême droite, l’abstention n’est pas une possibilité. Cela reviendrait aussi à accentuer la tragique dépolitisation, et continuer à propager le slogan « tous pareils, tous pourris » ou de valider le marketing politique de triangulation voulu par tous les gourous opportunistes.

Les racines et troupes cachées derrière la « dédiabolisation » du clan Le Pen/RN sont vraiment contre la laïcité, contre l’égalité des droits et très liés aux pires réactionnaires haineux et violents gravitant autour de « la Manif pour tous (LMPT) ».

Parti aux multiples élus et responsables condamnés par la justice, endetté directement auprès d’un État ayant des visées guerrières en Europe, comme l’a montré la guerre en Ukraine, le FN devenu RN est bien un parti d’extrême droite, malgré sa communication hypocrite, pour ceux ou celles qui en douteraient.

« La France démocratique et humaine ne se laissera point égarer par l’aberration des nationalistes », écrivait Jaurès en 1905. Il faudra aller voir celles et ceux qui se trompent de colère, toutes ces personnes qui ont eu aussi à subir des politiques de mépris et de casse sociale. Il faudra revenir sur ces musiques lancinantes de l’extrême droite et tous leurs hérauts sur l’immigration, les minorités, l’éducation, le droit des femmes, les religions… qui ont saturé l’espace public par des mensonges. Les thèses de l’extrême droite ont été reprises, diffusées et commentées jusqu’à la lie.

Cette inondation de l’espace médiatique par ces discours de haine et dissimulations est sans commune mesure depuis des décennies, et le douloureux résultat est là.

Aucun soutien de fond à Macron et reprise du travail à gauche

Pour autant, aucune des nombreuses critiques qui ont pu se faire jour à l’encontre de LREM, d’Emmanuel Macron des politiques publiques mises en place dans les cinq dernières années et de leurs méthodes et discours ne sauraient être éludées, minimisées ou oubliées.

Mais aucune d’elles ne saurait être masquée par les dangers que la simple nature de l’extrême droite pose à la démocratie. Un risque qui ne se limite pas à un programme qui, s’il a été lissé dans sa présentation pour les médias, est pourtant clair sur son mépris de la devise républicaine et de la séparation des pouvoirs.

Le vote Macron des citoyens de gauche et des militants LGBT responsables et lucides du 2e tour ne sera en aucun cas un blanc-seing, redisons-le.

Mais force est de constater que l’extrême droite n’a jamais, nulle part sur la planète, dans aucun pays, apporté le début d’une solution durable aux difficultés rencontrées par les habitants. Jamais. Il faut que la plus lourde défaite lui soit infligée pour rappeler qu’on ne joue pas avec nos libertés démocratiques et nos libertés individuelles.

C’est pour juin prochain, et pour les années à venir, que le travail et l’union à gauche doivent reprendre, au sein des appareils partisans, avec les citoyen·nes. Nous le devons aux Françaises et aux Français. C’est à nous toutes et tous de faire advenir le temps des cerises. Mettons-nous au travail, ensemble !

Manifestations contre l’extrême droite samedi 16 avril dans toute la France