Lvisibilité des LGBTI+ est une démarche essentielle pour conquérir des avancées et faire reculer les discriminations. L’obligation d’une représentation correcte – par la diversité et par la présentation – sur tous les médias et supports culturels de l’ensemble des citoyen·ne·s pourrait apparaitre aujourd’hui comme une évidence, mais il faut la rappeler. L’impact des médias modernes et des arts est majeur dans nos sociétés. Outils de compréhension, de respect des différences, d’égalité et de visibilité, ils doivent être aidés, soutenus et cette dimension, encadrée dans la loi. Les obligations légales des opérateurs de télévisions et de radios, de maitriser leurs antennes, celles des diffuseurs de ne pas valoriser les discours de haine et celles et ceux qui les promeuvent doivent aussi être réellement respectées, contrairement à aujourd’hui.

 

Dans un sondage Gallup de début 2021, un nombre croissant de jeunes états-​uniens s’identifient comme LGBTI+. Passés de 4,7 % en 2017 à 5,6 % en 2021, les répondants se déclarant LGBTI+ illustrent surtout la plus grande facilité des jeunes générations (millenials, génération Z) à évoquer – tôt – leur orientation sexuelle et leur identité de genre sans en faire un enjeu. Loin d’être une mode ou de représenter une invasion, cette libération dans la parole sur la déclaration de l’identité de genre ou de l’orientation sexuelle illustre un fait important : les personnes LGBTI+ se sentent plus libres de se déclarer telles lorsque des représentations d’elles-mêmes leur sont accessibles.

Cette donnée peut se résumer par un mot : la visibilité. Les nouvelles générations d’artistes, de scène notamment, dans divers styles musicaux, en France et ailleurs, sont plus à l’aise sur les sujets LGBTI+ ou même sur leur propre orientation sexuelle, de Angèle à Eddy de Pretto en passant par Hoshi, Lil Nas X, Bilal Hassani ou encore Christine and the Queens, y compris en jouant avec les codes des genres ou avec une provocation tout en contrôle (dans des clips), c’est une attitude plus spontanée et très salutaire pour la visibilité, à encourager, car elle est finalement… banale. Leurs succès respectifs, tant publics que critiques, sont d’ailleurs révélateurs de l’utilité de ces expressions décomplexées, naturelles, libérées et même souvent joyeuses.

Élément essentiel, non limité aux personnes LGBTI+ évidemment, la visibilité ne se décrète pas. C’est une étape nécessaire pour rendre visible les enjeux et les sujets portés par les personnes LGBTI+. Et la puissance publique, en lien également avec la pression d’un public plus exigeant, peut largement accroitre cette visibilité ou ses possibilités afin que tous les publics se sentent représentés (et positivement). Dans l’attente, à l’image du rapport Where We Are on TV que la « Gay and Lesbian Alliance Against Defamation (Glaad) » réalise chaque année sur les médias US, des indicateurs dans la présence et les modalités de cette présence, des personnages LGBTI+ dans les créations audiovisuelles devrait être construit.

Évidemment, entre le rôle de l’Arcom (ex-​CSA) et celui des associations, une hybridation de ces structures afin de permettre la réalisation d’un tel rapport avec les moyens nécessaires serait pertinente. Il faudra penser aux conséquences et aux travaux de plaidoyer auprès des médias et des sociétés de production, d’aides à la création… que les données récupérées dans un tel rapport permettraient. Enfin, la visibilité est aussi possible parce que l’on permet aux créateurs et créatrices, aux journalistes et aux interprètes LGBTI+ de créer librement leurs travaux et que ceux-​ci soient repris et diffusés par les médias.

HES propose : 

  • De définir les moyens d’aides à des associations reconnues, à travers une mission commandée par le ministère chargé de la lutte contre discriminations, pour la création d’un rapport annuel quantitatif et qualitatif. Celui-​ci permettrait de comprendre la situation actuelle en termes de visibilité des LGBTI+, les termes/​langages employés à leur égard et les situations qu’on leur fait vivre.
  • Sur la base de ce rapport, développer des axes d’amélioration sur la représentativité des personnes LGBTI+ dans les médias et la culture.
  • Organiser, avec le régulateur des chaines (Arcom) à partir du rapport mentionné ci-​dessus, une application plus systématique des obligations légales des diffuseurs, notamment sur l’obligation de pluralisme et la lutte contre les discriminations et les discours de haine. Ceci doit appuyer le travail existant des associations.

Mettre des drapeaux, peindre ou éclairer la chaussée, du mobilier urbain ou un bâtiment ou monument (hôtel de ville, de département, de région, préfecture, pont ou autres) aux couleurs arc-​en-​ciel à certaines dates (comme le 17 mai, ou pour les marches), et à la fois un acte hautement politique et assez basique, mais qui revêt toujours une symbolique non négligeable. Celle d’une démarche d’aide à la visibilisation des combats LGBTI+ et de soutien de la part de l’instance, ou de l’administration qui organise ces affichages.

De la même manière, alimenter d’informations LGBTI+ un compte (sur les réseaux sociaux, à travers des podcasts) d’élu·e ou une rubrique consacrée aux droits LGBTI+ ou avec des informations sur un site web officiel doit aider à informer et à diffuser les enjeux qui sont ceux des personnes LGBTI+.

Enfin, nommer de manière permanente un lieu (rue, jardin, bibliothèque, gymnase, plaque mémorielle) au nom d’actrices ou acteurs clés des combats LGBTI+ dans l’histoire est très important pour améliorer la connaissance de l’histoire auprès du plus large public. C’est aussi une visibilité du quotidien, utile et nécessaire. Cette pratique est d’ailleurs courante et ancienne dans les villes et pays les plus avancés sur l’égalité des droits et la visibilité des LGBTI+.

Nommer des lieux au nom de personnalités LGBTI+

Des espaces et équipements publics nationaux (musée, bibliothèque nationale ou universitaire, centre culturel, lieu d’archives, théâtre, site sportif ou d’animation, hôpital, station de métro/​trains, salon de bâtiment officiel, universités et grandes écoles – locaux ou promotions annuelles –, parcs et jardins nationaux, centre de recherche public) doivent être également nommés en hommage à des personnalités LGBTI+ qui ont été des pionniers et/​ou victimes des politiques discriminatoires ainsi que de personnalités qui se sont illustrées dans la lutte pour l’égalité, en s’assumant ou se mobilisant contre ces inégalités de traitement entre humains.

Citons par exemple et pêlemêle : Oscar Wilde, Sappho, Marcel Proust, le chevalier d’Eon, Lili Elbe, Magnus Hirschfeld, Virginia Woolf, Colette, James Dean, Jean Cocteau, Coccinelle, Frida Kahlo, Pierre Seel, Liane de Pougy, Arthur Rimbaud, Rock Hudson, Rudolf Noureev, Marsha P.Johnson, Harvey Milk, Marguerite Yourcenar, Alan Turing, Marlène Dietrich, Rock Hudson, Patrice Chéreau, Monique Wittig, Billie Jean King, Keith Haring, Bayard Rustin, Larry Kramer, Marielle Franco, Renée Vivien, etc.

HES propose : 

  • Afficher les couleurs arc-​en-​ciel de manière assumée et officielle lors des grands évènements LGBTI+ nationaux ou lors de cérémonies liées à des personnalités ouvertement LGBTI+.
  • Utiliser le réseau diplomatique et culturel national pour en faire de même dans les lieux dont il a la charge.
  • Nommer des monuments ou structures publiques nouvellement construites d’après des personnalités LGBTI+.

L’importance de soutenir la presse et les médias LGBTI+ en tant que tels est à rappeler. Pour défendre ceux émanant ou permettant des espaces affinitaires/​communautaires, et de soutenir, y compris avec les fonds publics nationaux, les médias indépendants et fragiles (faibles ressources publicitaires). Défendre les médias, c’est aussi défendre la liberté de la presse.

Et cela se fait contre plusieurs dangers. À la fois contre les attaques de la part de l’extrême droite (que ce soit les partis et élu·e·s qui diffusent ses idées, ou les comportements de leurs zélateurs ou supporteurs) et contre les pressions financières (pour ne pas traiter d’un sujet, ou pour en traiter de manière particulière) ou encore contre les acquisitions, rachats et regroupements qui amenuisent la diversité de la presse.

Il importe de rédiger et promulguer rapidement une grande loi médias, qui prolongera et renforcera la loi Bloche de 2016, qui reprendra les éléments les plus pertinents des législations européennes (exemple : l’initiative islandaise pour la modernisation des médias de 2010) à la fois pour la défense du pluralisme des médias, la protection de structures vitales au débat public, et pour la protection des sources et moyens de la presse. C’est le rôle éminent du politique de réaffirmer que la liberté et la pluralité de la presse sont des paramètres fondamentaux d’une démocratie fonctionnelle. Et que, évidemment, la presse a à répondre des abus de cette liberté.

Autorité de régulation nationale et indépendante, l’Arcom (ex-​CSA) dispose d’un réel pouvoir notamment sur les chaines de télévision et de radios qui sont diffusées via des utilisent toutes des fréquences qui relèvent du domaine public. Les autorisations d’émettre sont une des manettes que l’Arcom peut utiliser, comme la résiliation de la convention avec un opérateur.

Sans aller jusqu’aux coupures de diffusion, l’Arcom peut aussi avoir des suspensions de publicité et des sanctions pécuniaires comme sanction. Mais au-​delà des simples sanctions, il reste possible d’inciter les médias et notamment les grands généralistes ou thématiques, et les subventionnés à traiter de manière équilibrée, respectueuse et inclusive des sujets LGBTI+. Si les sanctions doivent être prises en fonction de la faute, il ne faudrait pas non plus oublier qu’elles existent, à fortiori dans le cas de récidive de la part d’un opérateur ou diffuseur.

Enfin, des modules de formation ou des outils sur les manières de traiter correctement (avec une approche rigoureuse et scientifique, sans stéréotype ni préjugé) les publics et questions LGBTI+, tels que le propose l’AJL (Association nationale des journalistes LGBT) dans un kit, sont à inscrire au sein des cursus prévus dans les écoles de journalisme reconnues par la profession.

HES propose : 

  • Encourager les médias à utiliser un langage (et des images) respectueux de l’identité et de la dignité des personnes LGBTI+. 
  • Rappeler à l’audiovisuel public son obligation, prévue à l’article 43 – 11 de la loi « Léotard » no 86 – 1067 de 1986 relative à la liberté de communication, de : « mettre en œuvre des actions en faveur de la cohésion sociale, de la diversité culturelle, de la lutte contre les discriminations et des droits des femmes. Elles s’attachent notamment à promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes et à lutter contre les préjugés sexistes, les violences faites aux femmes et les violences commises au sein du couple ainsi qu’à assurer une meilleure représentation de la diversité de la société française, notamment d’outre-mer. Elles proposent une programmation reflétant la diversité de la société française ».
  • Proposer des conventions afin d’y inclure l’obligation de traiter dignement et correctement les sujets LGBTI+.
  • Définir par une consultation citoyenne et avec la participation des syndicats et associations de journalistes, le texte d’une grande loi « médias », dans un acte 2 de la loi Bloche, afin de renforcer et accroitre l’indépendance, le pluralisme et le soutien de l’État aux médias et à la presse.
  • La prise en compte par les médias des conseils et du kit de l’Association des Journalistes LGBTI+ (AJL) pour le respect des LGBTI+, notamment des trans et intersexes.
  • Spécifier les modes d’incitation et les outils de régulation dont dispose l’Arcom pour réaliser un traitement équitable des sujets LGBTI+.
    Le respect de la loi déjà existante doit être plus important pour prévenir et sanctionner les discours de haine.
  • Des sanctions plus fortes doivent réellement être appliquées sur les discours de haine et les incitations à la haine.
  • Le renforcement de la pluralité et l’équilibre dans les débats menés par les médias doivent s’accompagner de la présence de personnes LGBTI+ dans ces plateaux pour aborder des sujets qui les concernent directement.
  • L’audition annuelle d’associations LGBTI+ pour faire le point sur la représentation des personnes et sujets LGBTI+ par l’Arcom doit être organisée.
  • Au sein des sanctions possibles par l’Arcom des opérateurs et diffuseurs contrevenant à la loi ou à leurs obligations contractuelles, s’assurer d’une échelle proportionnée des sanctions (amendes, suspensions des autorisations publicitaires, révision de la convention, interdiction d’émettre) selon la faute commise, mais veiller à sa stricte application.
  • L’Arcom doit veiller à ce que ces antennes utilisant les réseaux hertziens et numériques émettant en France respectent la dignité humaine, les lois ET les cahiers des charges qui leur permettent d’émettre leurs programmes et émissions.
  • Plusieurs degrés de sanctions peuvent s’appliquer, il faut les rendre plus systématiques et les renforcer notamment en cas de récidive à l’antenne (et sur leurs sites web et réseaux sociaux) : suspension de coupures publicitaires, amendes… Une chaine comme C8 (groupes Canal+/Vivendi) a déjà été condamnée pour des dérives homophobes, manifestement discriminatoires et populistes, à l’antenne, via des émissions de Cyril Hanouna. Il faut aussi porter une attention particulière sur les chaines d’infos en continu : des dérives fréquentes discriminatoires, contre l’égalité des droits sont constatées sur CNews (Groupes Canal+/Vivendi). Et dans les émissions sur le sport, contre les stéréotypes, etc.
  • Les groupes de réseaux sociaux (Twitter, Tik Tok Facebook et autres), doivent enfin rapidement modérer les propos, réagir et supprimer les publications LGBTIphobes, sous peine de sanctions. Cela doit se faire avec un discernement humain de contextualisation, et non pas uniquement via d’obscurs algorithmes ou de l’intelligence artificielle (IA) qui supprimerait toute publication avec une occurrence de mots (comme « PD » ou « gouines ») qui ont régulièrement été utilisés positivement et de manière militante par les personnes LGBTI+ concernées.
  • L’Unesco (agence de l’Onu basée en France) a déjà pris position contre les brimades, sanctions, violences, procès et même meurtres de journalistes basés dans certains pays autoritaires et très peu démocratiques. La France doit utiliser son poids diplomatique afin d’étudier de près la manière de soutenir clairement les activistes, ONG et journalistes pro-LGBTI+.
  • La régulation de la publicité est également un sujet évident pour les représentations. L’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) est souvent trop leste et indulgente quant à l’application effective de ses « recommandations » actualisées en 2016 (qui incluent explicitement « l’orientation sexuelle », mais toujours pas « l’identité de genre ») envers des entreprises qui peuvent produire des campagnes de pub parfois caricaturales, douteuses, discriminatoires, voire humiliantes, pour les LGBTI+.
  • L’Association des agences conseils en communication (AACC) a aussi son rôle à jouer pour faire appliquer efficacement son code de bonne conduite et contribuer à ce que soient créées des campagnes de publicité honnêtes et non discriminantes.
  • Il faut aussi avoir une action sur les régies publicitaires et notamment celles des réseaux des transports publics : gares SNCF, métros, bus, tramways… Celles-​ci doivent pouvoir valider des publicités et accepter des campagnes pour des produits utilisés par les LGBTI+, pour évoquer les personnes LGBTI+ et promouvoir des sujets LGBTI+ sans que ce soit refusé de prime abord, demandé à être modifié pour éviter de « choquer », ou que cela ne tombe sous le coup d’un code dépassé qui permet de les refuser facilement (Médias Transports – dont Métrobus –, Clear Channel, Decaux, etc.).

L’action du ministère de la Culture est décisive aussi, avec les agences publiques et les directions régionales des affaires culturelles pour aider et favoriser la création culturelle LGBTI+ sur tout le territoire. Permettre à des artistes LGBTI+ de créer ou à des structures de production, de création de pouvoir explorer des sujets LGBTI+, surtout « récents » pour en faire des œuvres qui peuvent toucher le public est décisif pour la représentation, pour la vie professionnelle (et personnelle) des artistes et créatrices et créateurs, ainsi que pour leur impact sur la société.

Il y a également l’organisation de manifestations culturelles diverses de la part d’associations, notamment LGBTI+ est un moyen d’intégrer par le biais de sujets génériques les différentes facettes LGBTI+. La visibilité de toutes et de tous est bien évidemment possible grâce à l’action des centres culturels, les animations et opérations de médiation culturelle diverses qu’ils mettent en œuvre.

Un soutien ambitieux de l’État et de ses services, ainsi que celles des agences publiques ou parapubliques, aux programmes de travail et aux évènements, notamment festifs, à l’occasion des manifestations et commémorations dédiées à la lutte contre les discriminations, pourra permettre de toucher un large public et de le sensibiliser aux problématiques LGBTI+.

Proposer une communication pour ces programmes culturels LGBTI+

Dans le cadre de semaines (ou autres) d’évènements LGBTI+, le plus souvent dans les journées précédant ses marches des fiertés, une communication spécifique des services de l’État (préfecture, rectorat) est la bienvenue pour mettre en valeur nommément ces démarches culturelles et les aspects qu’elles portent.

Les outils habituels de communication des services seront évidemment mis à contribution, en plus des publications numériques spécifiques. Les festivals de cinéma et audiovisuels soutenus par les services de l’État doivent être une occasion de démonstration de l’implication de l’exécutif en adaptant son soutien dans l’incitation de la parité et de la diversité dans les membres du jury, dans le comité de sélection et dans la sélection des œuvres.

Des tournages inclusifs à aider

L’État, notamment via le CNC (Centre national du cinéma et image animée) et des crédits d’impôt, a une action et des budgets pour aider les productions de téléfilms, séries, films de cinéma, documentaires, publicités, clips… tournés en France. Favoriser les œuvres représentant pleinement la mixité et la diversité avec des équipes féminisées et diverses, aidées par le bonus 15 % du CNC et de la Charte pour l’inclusion dans le cinéma et l’audiovisuel est un bon chemin.

Afin de continuer le juste travail d’acceptation, de visibilisation et de déconstruction des préjugés et de la lutte contre les discriminations (LCD) et les violences, il est pertinent de mettre en place des critères « bonus » d’évaluation dans les processus d’attribution d’aides et favoriser des œuvres optant pour une écriture non discriminatoire et à l’image de la société, y compris dans l’Histoire.’État doit s’inspirer du livre blanc des acteurs du changement du Collectif 50/​50 qui œuvre pour la parité, l’égalité et la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel, pour l’élargir aux LGBTI+.

HES propose : 

  • La mise en place d’un contrat avec France Télévisions, les groupes de télévision privés ainsi que les producteurs audiovisuels fournisseurs de programmes, sous forme d’une convention ou d’une charte, sera à instaurer. L’Arcom veillera à appliquer concrètement et sérieusement les règles qui lient les diffuseurs quant à leurs obligations de représentativité, de lutte contre les discours de haine et la discrimination. 
  • En concertation avec les créateurs, éditeurs et hébergeurs de jeux vidéos (un secteur culturel et économique au poids énorme partout dans le monde, à présent régulièrement pratiqué par quelque 60 % des Français·es), leurs organisations professionnelles et les associations LGBTI+ nationales, refuser tous propos et/​ou actions LGBTIphobes dans les jeux, au contraire inciter et favoriser une représentation respectueuse et positive de situations et personnages LGBTI+ dans les jeux vidéos. 
  • Proposer ressources et documentations LGBTI+ et en faire la promotion. Des fonds documentaires, littéraires, artistiques et archivistiques doivent soutenir ces démarches dans les lieux de culture que l’État pilote ou que ses services aident financièrement (bibliothèques, médiathèques, musées, monuments historiques, archives publiques, centres culturels). 
  • Diffuser les agendas culturels intégrant les questions LGBTI+. Les centres culturels publics sont aussi des endroits où animations, opérations de médiations culturelles et ressources permettent la visibilité de toutes et tous. En affichant des programmes ambitieux de travail lors des évènements culturels et/​ou festifs liés aux moments de lutte contre les discriminations, ces lieux peuvent permettre à des publics variés de prendre connaissance de certaines problématiques LGBTI+. (Voir Les dates à retenir).
  • Les festivals culturels LGBTI+ doivent être soutenus par l’État. À Paris la 30e édition du grand festival de cinéma LGBTQI+ Chéries-​Chéris, prévue pour 2024, doit être bien plus soutenue en amont et plus largement promue. Cette année devrait aussi comporter des reprises de films LGBTI+ devenus des « incontournables » sur plusieurs décennies dans divers lieux dédiés au cinéma en France. 
  • En lien avec des organisations mondiales (Ilga, Glaad, All Out, Amnesty International), exiger des grandes sociétés de vidéos à la demande (VOD), comme Netflix, Amazon Prime et Disney+ par exemple, que leurs collectes de données sur leurs clients/​téléspectateurs soient stockées sur des serveurs de sociétés et pays où les droits LGBTI+ sont respectés.

Le secteur du livre reste contrasté en France, et les choix du gouvernement Macron – avec de trop longues fermetures liées à la crise du covid – ont fragilisé beaucoup d’acteurs de terrain et d’indépendants. Si les publications incluant des LGBTI+ se sont multipliées ces dernières décennies, des publications historiques, de recherche et rééditions de titres rares ou introuvables nécessitent des aides publiques fléchées.

HES propose : 

  • Aider les librairies, les bibliothèques, les autrices et auteurs, les maisons d’édition mobilisées en faveur des droits des personnes LGBTI+ et leur proposer une aide à la diffusion, la valorisation, la traduction et la réédition des œuvres LGBTI, afin de valoriser le patrimoine culturel qu’il représente et le diffuser pour le transmettre.
  • Lors des salons et festivals de livres, encourager et aider les autrices et auteurs ainsi que les maisons d’édition qui proposent (stands, débats) des ouvrages évoquant les personnes et les droits LGBTI+.

Quand la mémoire s’en va (les récits mémoriels exacts étant évidemment porteurs de l’histoire), il ne reste que l’émotion. Si l’émotion est nécessaire et même utile, elle ne peut pourtant tout inclure ou tout résumer. On sait bien aussi qu’en France, et partout ailleurs, certains ont tout fait pour gommer, effacer ou nier l’existence et le rôle des LGBTI+ dans l’histoire, offrant à toutes et tous des récits tronqués, voire trafiqués, pour des raisons injustifiables.

Il faut arrêter de réécrire l’histoire avec une gomme LGBTIphobe. Seule la mémoire, les archives et l’histoire permettent une transmission des expériences et des savoirs honnêtes et utiles, il est donc grand temps que chacun·e voie son rôle exact retranscrit et révélé, sans tabou ni hypocrisie.

Faire respecter les cadres des commémorations et veiller à l’inclusion des questions et personnes LGBTI+

La mémoire des personnes homosexuelles a une place reconnue (y compris de la part des associations de mémoire et d’anciens combattants nationales) dans des cérémonies officielles sur les différents temps historiques mis en valeur, notamment celles de la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation (le dernier dimanche d’avril) et la Journée nationale de la Résistance (le 27 mai).

L’organisation des cérémonies d’envergure nationale doit veiller à inclure les représentants des associations LGBTI+ mémorielles. Des cérémonies associatives, rappelant l’histoire des persécutions légales et organisées contre les LGBTI+ et de leurs conséquences, sont organisées à différents moments de l’année, parmi d’autres sur les questions liées à la reconnaissance ou aux enjeux de santé et les pouvoirs publics, notamment nationaux, doivent y participer et y démontrer leur engagement aux côtés des associations.

Les préfectures ont aussi un rôle à jouer dans la tenue la plus républicaine de ces cérémonies, à la fois par l’organisation protocolaire et les invitations aux particuliers ou associations. Dans les dimensions historiques des commémorations (et pour toute la recherche sur ces questions), il faudra penser à ne pas limiter au seul XXe siècle, les questions et sujets LGBTI+.

HES propose : 

  • L’État et ses représentants doivent s’assurer de la présence des associations LGBTI+ aux cérémonies. La préfecture et les représentants de l’État dans les cérémonies locales et les dirigeants publics les plus élevés dans les cérémonies d’envergure nationale. 
  • Travailler avec les associations pour organiser la reconnaissance officielle de date de célébrations ou commémorations liées aux questions LGBTI+.

Dans les musées nationaux (notamment mémoriels), il faut s’assurer d’expliciter toutes les mémoires, y compris celle de la déportation pour motif d’homosexualité et des traitements faits aux LGBTI+ dans les différentes périodes historiques de notre pays et de notre continent.

Les autres musées et les espaces d’exposition doivent accueillir et prévoir des présentations temporaires, ou plus pérennes, et des temps qui mettent en avant les mémoires et l’histoire LGBTI+, et stopper aussi l’autocensure ou le tabou sur l’orientation sexuelle de personnages historiques ou artistiques.

Celle du passé d’illégalité et la pénalisation de l’homosexualité en France avec sa réprobation sociale et toutes ses conséquences, dans tous les domaines, sur notre territoire et à l’étranger est évidemment matrice de nombreux sujets. La dimension historique des combats et du mouvement LGBTI+ est à porter, à différents niveaux par les collectivités, en lien avec les associations.

HES propose : 

  • Expliciter toutes les mémoires et toute l’Histoire dans les musées nationaux et aider les musées locaux publics (privés selon aide et accès aux grands publics avec tarifs). Cela se fera selon les temporalités mises en avant par ces musées et le champ de leur présentation (culture, histoire, technique, sociologie, etc.).
  • Revoir les notices des œuvres et des créateurs, figures connues ou moins connues, mais affichées dans les divers musées, afin qu’elles présentent la réalité des vies des personnes présentées et les réalités des créations et du contexte de celles-​ci, sans en gommer « par omission » la dimension LGBTI+.
  • Travailler à la conservation et la diffusion des expositions ou créations temporaires de collections ayant trait à la question LGBTI+. En prenant exemple sur l’exposition temporaire « Homosexuels et lesbiennes dans l’Europe nazie » du Mémorial de la Shoah et les évènements consacrés dans un cycle doivent pouvoir être conservé, mis en valeur et proposé à la diffusion, avec les moyens et l’appui de l’État et de ses services.

Recueillir, préserver, transmettre : des politiques d’archives plus connectées

La préservation de la mémoire, des structures et des personnes LGBTI+ est bel et bien un enjeu d’actualité. L’État, les collectivités locales, le ministère de la Culture et plus particulièrement les directions patrimoniales dont le Service interministériel des archives de France ont un rôle clé à jouer. L’histoire de notre pays, une histoire singulière, puissamment politique, doit trouver de vrais lieux de préservation et de mise en valeur à l’instar d’autres pays (Pays-​Bas, Allemagne, États-Unis).

Ces centres permettront de transmettre le capital humain et démocratique de décennies d’émancipation des personnes LGBTI+, de l’histoire des luttes – notamment celle contre le VIH-​Sida – et de combats pour la reconnaissance de tous les couples et de toutes les familles. Cette mémoire protéiforme (tracts, outils militants, photos, vidéos, archives personnelles, brochures, lettre, création numérique) sera d’autant plus valorisée dans des lieux dédiés.

Pour la préservation des archives du mouvement LGBTI+, la puissance publique doit agir concrètement, avec une coordination nationale, que les services de l’État et ministères concernés peuvent diriger et en lien avec des organismes nationaux ou locaux de gestion des archives et de prestation patrimoniale. Témoins de la vie publique, des actions, des engagements dans le débat public et de la vie associative locale, les archives départementales ont la possibilité de recueillir des fonds venant de particuliers ou d’associations et ces ressources devront également être exploitées.

Ce mouvement social, qui a aujourd’hui près de 70 ans d’existence plurielle, doit savoir sa mémoire conservée et préservée des dangers de l’oublie et de l’abandon. Son accessibilité doit à fortiori être facilitée au plus grand nombre (et pour les chercheur​.ses), et recourir à des acteurs associatifs pour en conter le l’histoire. Une histoire est autant l’histoire d’une « communauté » aux contours imprécis qu’une composante importante de la mémoire de la société française et des combats politiques de ces 50 dernières années.

Un travail de recensement des archives publiques existantes (Histoire de la répression des LGBTI+, vie de lieux LGBTI+, artistes, militant·e·s, célébrités LGBTI+) avec l’aide de chercheur·se·s ou d’associations expertes doit être opéré ainsi qu’une indexation avec les informations et les mots-​clés correspondants. Les démarches archivistiques qui peuvent être menées doivent créer des passerelles de travail – ayant vocation à devenir habituelles -, entre les services des structures publiques mobilisées et les acteurs et actrices du monde associatif LGBTI+.

HES propose : 

  • Lier le travail de l’État, des associations pertinentes et des collectivités locales. De reconnaitre le rôle des associations et collectivités sur des questions pouvant dépasser le seul cadre de leur territoire et de mettre en place une liaison particulière entre les services centraux et déconcentrés et ceux de la collectivité pour leurs opérations archivistiques. 
  • Les musées, centres culturels et monuments nationaux doivent prendre en compte l’aspect LGBTI+ dans leur politique de dation (dons, legs, successions), d’achat et de préemption d’œuvres. 
  • L’État, via plusieurs ministères et structures importants (Caisse des dépôts et consignations, CNRS), doit subventionner de manière importante les structures hébergeant des archives LGBTI+ (et aussi de l’histoire du VIH-​Sida), au travers d’accords pluriannuels (trois ans au moins, reconductibles) sécurisant la conservation et la valorisation des cette histoire dense, souvent tue ou niée dans diverses autres structures. Il est crucial que les centres avec des fonds importants puissent travailler de manière plus professionnelle avec des moyens proportionnels (locaux, matériels, salariés). Une enveloppe étatique annuelle est nécessaire et doit être pérennisée. 
  • Avoir avec le soutien fort de l’État une attention particulière pour rapidement repérer, récupérer, sauvegarder et valoriser (numérisation et mise en ligne) les publications sur les LGBTI+ les plus anciennes et les plus rares, notamment les premières revues pro-​homosexuels/​LGBTI de France (et de pays francophones avec des militants pionniers, comme la Suisse, la Belgique et le Québec), par exemple Akademos (dès 1909), la revue Arcadie (parue de 1954 à 1982), le journaGai Pied (de 1979 à 1992) ou encore Der Kreis/​Le Cercle (en Suisse de 1932 à 1967, publié en 3angues, dont le français). 
  • Initier, aider fortement, héberger ou diffuser dans de sites d’État des expositions mentionnant explicitement (et positivement) les LGBTI+ dans l’Histoire (cf. la remarquable exposition du Mémorial de la Shoah de Paris sur la déportation des gays et lesbiennes par le régime nazi en Europe, de juin 2021 à mars 2022), les Arts ou les Sciences. 
  • Si une entité (association, particulier, entreprise) doit se défaire de documents et objets ayant une valeur culturelle, sociale, historique sur les LGBTI, les services de l’État doivent pouvoir rapidement, récupérer, abriter et référencer dans l’attente de leur attribution à un lieu pouvant les valoriser. 
  • Les Archives nationales, lieu de ressources vitales, doivent intégrer en leur sein un centre d’aide, de coordination et de ressources pour les associations souhaitant mieux travailler à la gestion, la conservation et la valorisation des archives qu’elles peuvent détenir ou que d’autres associations, sociétés ou particuliers leur auraient transmises. Les associations devront y trouver à la fois les ressources pour connaitre les méthodes archivistiques de base, les moyens simples de préserver un fonds transmis ou des documents en danger, mais aussi une liaison possible avec les autres acteurs des archives pour des aides et du soutien matériels. 
  • Contribuer à ce que l’État fasse ouvrir des fonds d’archives encore non accessibles aux chercheurs quand une composante historique LGBTI+ est pressentie (ex. : Armées, Culture). 
  • Protéger l’« objet militant » comme archive. Cela doit passer notamment par une prise en compte des particularités des créations de matériels militants (teeshirts, badges, casquettes, banderoles, « goodies »), bien plus divers que les simples documents de papier, à la fois dans le recueil en attendant leur transmission aux structures concernées pour leur préservation, et comme champ de « récupération » et de valorisation.. 
  • Numérisation et valorisation : il faut intégrer le travail de valorisation des archives du mouvement LGBTI+ au sein des travaux d’ampleur déjà lancé pour d’autres archives et patrimoines. D’abord pour en obtenir leur recueil précis, leur indexation, de manière scientifique et universitaire, pour les rendre accessibles, utiles pour les chercheur·se·s et étudiant·e·s. Ensuite promouvoir leur numérisation de qualité et durable afin que la valorisation des fonds soit accessible facilement et simplement aux militant·e·s et au grand public. Sous l’autorité de la Direction générale des Patrimoines et de l’Architecture (ministère de la Culture), ces missions d’intérêt patrimonial évident peuvent aussi être aidées par du mécénat privé et de l’appel à participation. 
  • Exiger une collaboration constructive avec les grands médias et les institutions majeures de la conservation des mémoires, comme la Bibliothèque nationale de France (BNF), l’Institut national de l’audiovisuel (Ina), Radio France, France Télévisions, la Cinémathèque française, les archives ministérielles (ex. : Armées via l’ECPAD notamment, Justice, hôpitaux), l’IMEC (Institut mémoires de l’édition contemporaine, dans le Calvados), les grandes bibliothèques de l’État (celles des universités, des musées nationaux Beaubourg/​Pompidou), les archives départementales, les bibliothèques (et services d’archives) de l’Assemblée nationale, du Sénat, du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel, les principaux titres/​groupes de presse pour obtenir un listing/​fonds d’indexation le plus complet possible sur les documents, articles, reportages et sources évoquant les LGBTI, y compris de manière négative (scandales, procès). Il semble en effet clair que le « Catalogue collectif de France/​CCFR » (géré avec la BNF sur www​.ccfr​.bnf​.fr) n’indexe pas encore toutes les références disponibles dans notre pays, notamment tout ce qui n’est pas « papier ». C’est à ce prix seulement qu’une vision complète de l’histoire et l’évolution des droits des LGBTI+ dans notre pays pourra apparaître dans sa plénitude. 
  • Désignation comme fonds d’intérêt national. Organiser la désignation des matériaux d’archives LGBTI+, déjà constitués, comme « fonds d’intérêt national », afin de leur permettre l’accès aux ressources publiques garantissant leur conservation et un haut niveau de traitement. Différents fonds sont déjà constitués dans divers lieux et organisations en France, les faire travailler plus harmonieusement ensemble, en réseau (ex. : Centres LGBTI+ de Paris Île-​de-​France et de Lyon, archives de Jean Le Bitoux, archives d’André Baudry-​Arcadie, Mémoire des Sexualités à Marseille, Académie gaie et lesbienne, Archives Recherche Culture Lesbiennes-​ARCL, archives de la radio Fréquence Gaie/​Future Génération ancêtre de Radio FG, etc.), au profit de l’histoire et la mémoire collective.

Enquête Ifop « Fractures sociétales »

22 % des 18 – 30 ans ne se reconnaissent pas dans les deux catégories de genre femmes /​ hommes. Enquête réalisée en novembre 2020

L’invisibilisation des personnes LGBTI+ dans la société, y compris dans le domaine culturel, reste encore forte. Ce manque de représentation, et la représentation négative des personnes LGBTI+ conduisent directement à nourrir l’homophobie et la transphobie dans la société française, et se reproduisent à tous les niveaux.

En effet, les personnes LGBTI+ demeurent ainsi fortement mal considérées et subissent discours et actes discriminatoires y compris dans le monde du travail avec de nombreux cas de mises au placard, de harcèlement, de carrières gelées, ou encore de licenciements/​expulsion. Cette discrimination et ce rejet ont un impact direct sur l’inclusion des personnes LGBTI+ et leur santé physique et mentale.