Le nouveau gouvernement a été annoncé ce vendredi 20 mai. Si nul n’est dupe des triangulations que représentent certaines nominations, il apparait clairement que les actions et discours homophobes et sérophobes de certains nouveaux arrivants n’ont en rien entravé leur nomination. Une preuve de plus que le macronisme n’entend pas considérer politiquement ces sujets.

Élisabeth Borne a donc son équipe gouvernementale. Ministres, ministres délégué·es et quelques secrétaires d’État ont été nommés la semaine passée. Outre la composition classiquement à droite de ce nouveau gouvernement avec de nouveaux arrivants et des anciens confirmés qui ne laissent aucun doute quant aux politiques qui seront menées, une nouvelle étape est cependant franchie dans l’inclusion de vecteurs de l’homophobie dans l’exécutif.

L’homophobie et la sérophobie valorisées, la manif pour tous à l’honneur

Non seulement Gérald Darmanin reste à l’Intérieur, en dépit de ses prises de position et des comportements qui ont été les siens, mais aussi de ses prises de position passées nettement marquées par l’homophobie et son opposition à la loi Taubira et son refus de célébrer des mariages entre d’homos.

Mais en plus, le nouveau gouvernement accueille Christophe Béchu, ancien maire et sénateur  LR  d’Angers, connu pour avoir lancé en 2016 les attaques de maires réactionnaires à l’encontre d’une campagne d’affichage public de prévention contre le VIH, parce que des couples homosexuels (très sages)  y étaient représentés.

Le président de HES de l’époque, Denis Quinqueton, avait cosigné une tribune avec Corinne Narassiguin, alors porte-parole du PS, pour dénoncer les propos et actions de maires qui avaient fait enlever ces affiches.

Campagne de prévention du VIH : les réacs perdent les pédales !

Dans les arguments avancés par ces ridicules élus, toutes les cases de l’homophobie tranquille et de la sérophobie inavouée étaient cochées. « Manquement à la décence », « un appel public à l’adultère »,  « personnes homosexuelles qui semblent réduites à des pratiques pulsionnelles », « attaque contre les enfants », « inadéquation de ces messages dans l’espace public, parce qu’il y a des lieux plus pertinents » (car, afficher des couples homosexuels dans l’espace public est inadéquat). Ou encore que « les gens ne comprennent pas qu’on affiche une sexualité sur la voie publique » (les publicités pour des produits de consommation affichant des couples hétérosexuels s’enlaçant ou s’embrassant ne les gênant pas).

Sans même revenir sur les votes à l’Assemblée lors de l’examen du projet de loi sur le mariage pour tous et les discours qu’il avait pu tenir (« le mariage, dans notre conception, se fait entre un homme et une femme et à défendre la parité à l’intérieur de la famille, grâce à un binôme composé d’un couple de personnes de sexe différent »), rien de ces actions de l’ancien maire Béchu ne semble poser problème pour sa nomination au sein du gouvernement Borne. Ni l’homophobie crasse de ces propos qui reflètent les pires stéréotypes et les éléments des discours de haine des opposants les plus stériles. Ni même la sérophobie qu’ils véhiculent et qui contribue à diffuser les préjugés sur le VIH, et les personnes séropositives…

Quelle considération de l’exécutif sur les actions des collectivités locales sur les haines anti-LGBTI ?

On pourrait aussi évoquer ce que cela dit de la considération du président pour un maire, officier d’état civil, tenu de se conformer à la loi qui indique par avance son intention de la violer ni sur sa volonté d’enrayer l’action publique contre les IST et le VIH en contribuant à diffuser des préjugés sur les homosexuels, ou encore de ce qu’il compte faire désormais, comme ministre des Collectivités territoriales si des cas identiques venaient à se reproduire.

Doit-on déjà  en conclure que le gouvernement Borne  offre un blanc-seing par avance aux maires ou aux autres élus ne souhaitant pas appliquer la loi contre les propos anti-LGBTI ? qu’il y aurait une aide apportée par ce gouvernement pour des collectivités qui refuseraient d’intégrer les politiques d’égalité et de lutte contre les discriminations dans leurs actions ?

Le message que cette nomination véhicule est autant mauvais dans l’instant qu’il laisse présager du pire pour les prochaines années. Encore une illustration parfaite du double discours macroniste qui ne finit par que par avaliser les positions et arguments réactionnaires.

Les circonvolutions sur Catherine Vautrin : entre ballons d’essai et jeu de contraste

On ne saurait être dupe non plus, de la séquence de communication par rumeurs diffusées librement à certains journalistes concernant les nominations putatives, dans le gouvernement ou à Matignon.

Ainsi, la séquence pendant laquelle Catherine Vautrin s’est trouvée première-ministrable, puis Garde des Sceaux potentielle ne servait qu’à mesurer le niveau d’acceptation par l’opinion publique de cette nomination qui aurait été scandaleuse à plus d’un titre. Et ensuite, une fois cette option finalement écartée par le président, de pouvoir jouer au mieux les contrastes entre une nomination scandaleuse qui ne s’est pas faite et les suivantes, scandaleuses, mais moins médiatiques, ou considérées comme plus acceptables par l’exécutif.

Il faut en plus tenir compte de tout ce que les mouvements féministes analysent de la séquence sur les violences et agressions sexuelles autour de Damien Abad, depuis les informations dont le gouvernement avait connaissance jusqu’aux méthodes et discours autour des membres de l’exécutif et des responsables LREM. Rien ne correspond à ce que l’on est en droit d’attendre de personnes qui continuent à pérorer sur la grande cause nationale du quinquennat précédent qu’était l’égalité femmes-hommes.

Que l’on puisse continuer librement à jouer avec la fenêtre d’Overton de ce que le débat public peut accepter relève déjà d’une faible considération et d’un stratégisme poussé jusqu’au cynisme. Belle démonstration de ce nouveau monde pour qui y croit encore…

Mais que l’on continue à faire de l’homophobie une variable acceptable de notre société (avec les agressions et les violences sexistes et sexuelles de manière notable) est une démonstration de tout le chemin qu’il nous reste à faire en tant que société et de la définitivement faible considération de ce pouvoir pour ce qui fut pourtant le sujet de la journée du 17 mai passé.

Journée qui fut consacrée à parler de la nomination éventuelle d’homophobes notoires au gouvernement de la République française. Honteux.