La ministre de la Défense allemande a présenté une loi visant à réhabiliter les soldats de la Bundeswehr que leur hiérarchie a mis dehors sans autre forme de procès pour la simple raison de leur homosexualité.

De 1955 jusqu’en 2000 (!), des soldats ont ainsi fait les frais du fameux paragraphe 175 qui pénalisait l’homosexualité. Mis en place sous l’Empire allemand, utilisé par le IIIe Reich pour envoyer les homosexuels dans les camps, et aboli uniquement en 1994. Ils seraient près de mille à pouvoir bénéficier de ces dispositions.

Réhabilitation et indemnisation

Le projet de loi évoque non seulement la réhabilitation, mais aussi une indemnisation de 3 000 euros en dédommagement. Sans pouvoir « annuler les souffrances », l’État fédéral allemand déciderait de revenir sur des condamnations et proposer que, pour le traitement injuste infligé à ceux qui ont été ses salariés, ceux-ci soient indemnisés.

Le droit, les droits et l’égalité réelle : pas une équation automatique

L’historique du traitement de l’homosexualité dans l’armée est symptomatique : motif de révocation systémique entre 1955 et 1969, dépénalisée en 1969, mais considérée comme un « élément d’insécurité ». Qualification de délit abolie uniquement en 1994, depuis 1970, discriminations plus systématiques, mais qui ont duré jusqu’en 2000. Il a fallu que, en plus du texte de loi, la Cour constitutionnelle émette une jurisprudence afin de protéger enfin les soldats LGBT+.

C’est un cas d’école pour illustrer qu’un texte de loi n’est pas en soi suffisant pour garantir l’accès aux droits et l’égalité réelle, quelles que soient la nation et la thématique.

La France ne se confronte toujours pas à son passé

Comme pour d’autres sujets, hélas, la France n’a toujours pas réussi à se pencher sur son passé homophobe, sans réserver ce regard au simple domaine militaire de la « Grande Muette ». Il n’a encore pas été envisagé que les violences institutionnelles, les condamnations dont ont été victimes de nombreuses personnes — des hommes pour la grande majorité —, par la faute de lois vichystes et gaullistes jamais remises en cause jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir, soient reconnues et annulées.

En 2018, Libération faisait référence à un chiffre de 10 000 condamnations après-guerre. Une étude révélait que ces condamnations menaient en prison dans l’immense majorité des cas jusqu’en 1978 et frappaient, de façon nettement majoritaire, les ouvriers et les classes populaires.

Contre l’oubli et l’invisibilisation, un travail mémoriel absolument nécessaire

Pour ne pas laisser tomber dans l’oubli ces vies brisées par l’homophobie du régime collaborationniste, puis par l’ordre moral du gaullisme qualifiant l’homosexualité de « fléau social », et suivi par les successeurs, menant à un fichage policier continu jusqu’en 1981, un travail mémoriel, sérieux, universitaire et reconnu par les pouvoirs publics est nécessaire, ce ne serait pas un accessoire ni une lubie.

Cette démarche indispensable pour réaliser que l’histoire d’un pays, le nôtre, est complexe et non linéaire, à l’abri des grandes phrases définitives sur ce que serait intrinsèquement une République qu’il nous appartient de bâtir et consolider jour après jour. Et en toute transparence, pour l’Histoire.

Une démarche rendue d’autant plus nécessaire quand le président de la République, lors de l’hommage national rendu cette semaine aux Invalides à Daniel Cordier, figure de la Résistance et de la France Libre, n’arrive même pas à prononcer le simple mot « homosexuel », par lequel ce Compagnon de la Libération se définissait lui-même. Une invisibilisation tragiquement éloquente que nous dénonçons et contre laquelle il faut lutter par cette entreprise de mémoire et d’autres…

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