La défenseure des droits a lancé la plateforme antidiscriminations.fr afin de recueillir les signalements et témoignages des personnes victimes ou assistant à des situations discriminantes. Nous soutenons cette démarche aux côtés d’autres acteurs associatifs, mais déjà nous ne pouvons que voir la faiblesse de ses moyens humains et matériels, qu’il faudra donc augmenter et pérenniser.

Une étape pertinente pour la prise en compte par les autorités des situations de discriminations

Permettre à toutes les victimes de signaler les situations qu’elles subissent, ou de permettre aux témoins de faire, aussi, un signalement sur ce qu’ils ont pu observer est une démarche à saluer dans l’établissement d’un cadre légal, administratif et judiciaire sur la question des discriminations. La création des brigades antidiscriminations (à l’image de celles de la concurrence et de la répression des fraudes) est encore loin, mais ce sera une suite logique et une perspective pertinente pour l’administration.

La mise en place de cette plateforme, en attendant, est aussi un moyen technique à exploiter pour tenter de photographier notre pays. Il faut en tirer des statistiques sur la place des discriminations dans la société française — tout en tenant compte du fait qu’il ne s’agit, comme chaque fois, que de signalements, et non de la situation réelle. C’est une nécessité pour cesser de considérer comme neutre les discours qui, en refusant des droits, notamment celui du mariage, ne serait pas homophobe ou discriminatoire. Ou que prononcer simplement le mot de violences policières deviendrait une attaque contre la République…

Refuser de se limiter à l’action judiciaire

Cette plateforme est une première étape et les actions politiques pour prendre concrètement en compte les discriminations seront déterminantes pour définir s’il s’agit d’un objet de communication limitée ou celui d’une action publique large et assumée.

Prendre réellement en compte les discriminations c’est arrêter de considérer que les traiter relève du supplément d’âme d’une politique vaguement humaniste, et doit, bien au contraire, être une démarche revendiquée pour un programme politique ambitieux. Celui-ci devant intégrer dans toutes ses strates la lutte contre les discriminations et en tirer des exigences adéquates pour les services publics et le privé.