Cela fai­sait près d’un an et demi que les élec­tions fédérales belges avaient eu lieu en Bel­gique, et, pour­tant, le pays con­tin­u­ait à fonc­tion­ner grâce à de nom­breuses com­pé­tences dévolues aux régions et com­mu­nautés lin­guis­tiques, et un gou­verne­ment mul­ti­par­tis gérant les affaires courantes. Ce qui était déjà pass­able­ment sur­réal­iste pour les Français·es. Mais pourquoi ne pas par­fois aller voir ce qui se passe à côté ?

En Belgique, un gouvernement multipartis classique ET inédit

Voilà qu’un nou­veau gou­verne­ment fédéral, com­posé de représen­tants de 7 par­tis poli­tiques (dont les 2 par­tis social­istes, le fla­mand néer­lan­do­phone et le wal­lon fran­coph­o­ne) et diver­si­fié à de nom­breux égards, vient de prêter ser­ment en Bel­gique.

HES LGBTI+ n’a pas voca­tion à com­menter les for­ma­tions gou­verne­men­tales dans chaque État du monde ou même d’Europe, mais nous souhaitions cette fois soulign­er l’importance de cette nou­velle, dans un pays voisin et ami régulière­ment en avance par rap­port à la France pour les droits LGBTI+ : l’arrivée, pour la pre­mière fois en Europe, d’une min­istre fédérale trans, qui plus est nom­mée Vice-Pre­mière Min­istre. 

Petra de Sutter, Vice-première ministre du gouvernement fédéral du Royaume de Belgique

Petra de Sut­ter est médecin gyné­co­logue de for­ma­tion. Bien qu’inconnue en France, son par­cours poli­tique remar­quable mérite d’être mis en avant : dès 2014, elle est la pre­mière femme trans à fig­ur­er sur une liste aux Européennes (hélas non élue).

Elle ren­tre au Sénat belge la même année : une pre­mière égale­ment dans ce pays. Elle siègera égale­ment en par­al­lèle à l’Assemblée par­lemen­taire du Con­seil de l’Europe à Stras­bourg dans le groupe où les élus social­istes et écol­o­gistes siè­gent ensem­ble.

En 2019, elle est élue au Par­lement européen et devient prési­dente (encore une pre­mière inédite) de la com­mis­sion par­lemen­taire phare du « Marché intérieur ». Elle rejoint et sou­tient ensuite l’intergroupe LGBTI du Par­lement européen, coprésidé par les écol­o­gistes et les social­istes.

Depuis début octo­bre 2020, une nou­velle ligne à son CV vient donc s’ajouter : elle devient la pre­mière femme trans à entr­er dans un gou­verne­ment fédéral en Europe ! Bien que la presse belge souligne par­fois cette spé­ci­ficité, tout le monde lui recon­naît d’abord une vraie exper­tise et un sérieux poli­tique, et sa tran­si­d­en­tité ne soulève aucun débat par­ti­c­uli­er dans le plat pays. Peut-on imag­in­er un instant ce que cela aurait été dans les médias français avec un paysage audio­vi­suel sat­uré de dis­cours de haine, ou ce que des poli­tiques réac­tion­naires auraient déclaré ? 

Une nouveauté d’importance, des exemples trop rares

Les exem­ples d’élu·e·s trans en Europe sont lim­ités : Chris­t­ian Check a été élu député fédéral en Alle­magne pen­dant de nom­breuses années (1990–2002), et fera sa tran­si­tion et l’annoncera publique­ment en 2006. Vladimir Lux­u­ria en 2006 (jusqu’en 2008) a été élue en Ital­ie comme députée nationale, en revendi­quant sa tran­si­d­en­tité.  

En 2011, c’est Anna Grodz­ka qui est élue au par­lement polon­ais. Au par­lement européen, la Bri­tan­nique Nik­ki Sin­claire a été élue en 2009 et fera état publique­ment de sa tran­si­d­en­tité en 2013. L’absence frap­pante d’exemple français est à déplor­er, surtout à la vue de cer­tains pays classés plutôt à l’arrière-garde sur les ques­tions LGBTI. 

En France, la diversité LGBTI+ davantage un alibi qu’une vraie intégration politique et les personnes trans quasi invisibles

Cela nous per­met de réfléchir un peu à la vis­i­bil­ité des per­son­nes trans en poli­tique, et appel­er de nos vœux à une classe poli­tique française plus diver­si­fiée. Depuis les élec­tions munic­i­pales de mai 2020, Marie Cau a été élue maire de Tilloy-lez-Marchi­ennes dans les Hauts-de-France, devenant la pre­mière femme trans en France à ce poste.

Elle s’est déjà exprimée à de nom­breuses repris­es dans des médias nationaux, et nous sommes heureux de voir de tels exem­ples être mis en avant. HES LGBTI+ se réjouit de cette ten­dance à la hausse pour la vis­i­bil­ité des per­son­nes LGBTI+ au sein des mon­des poli­tiques local, région­al ou nation­al et européen, mais nous par­tons de très loin. Et nous y restons par­fois.

Dans les partis, aux élections, s’engager et s’afficher pour la visibilité LGBTI+

Trop timide­ment encore, lorsqu’ils et elles le font, certain·e·s élu·e·s LGBTI+ assu­ment leur iden­tité, mais cela reste encore très et bien trop à la marge. Nous encour­a­geons toutes et tous des élu·e·s démoc­rates à accueil­lir les per­son­nes LGBTI+, nos par­tis pour leur per­me­t­tre d’y trou­ver leur place.

Nous voulons que nos cama­rades LGBTI+ social­istes, rad­i­caux, partout à gauche, s’investissent dans des listes, aux élec­tions à venir en 2021 et 2022, dans la vie des par­tis afin que nous ayons aus­si plus d’élu·e·s ouverte­ment LGBTI+. Cela per­me­t­tra de refléter, plus juste­ment, à chaque élec­tion et niveau démoc­ra­tique, la diver­sité réelle de notre société.