On savait ce gouvernement roitelet de la communication-récupération autosatisfaite plutôt que de l’action débouchant sur des résultats. Mais le ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances décide, là, d’user de manipulations et de mensonges qui travestissent les faits, pour tenter de couvrir ses retards constants sur les droits LGBTI.

La France a connu une chute historique au classement en 2020 par la faute de LREM

En mai 2020 (ce classement sort une seule fois, chaque année pour le 17 mai, journée mondiale IDAHOTB), la France chutait à la 13e place avec un score de 56 %, qui était une chute, historique et hélas fondée, en vertu de l’inaction du gouvernement sur les questions LGBTI et de son incapacité à intégrer politiquement les combats des associations. L’État Macron avait déjà grossièrement tenté, en vain, à la sortie du rapport et classement 2020, de faire pression pour « corriger » à son avantage. En vain ! Il tente à présent une nouvelle manipulation opportuniste.

Députés élus, deux Premiers ministres venus de la droite LR, ministres ouvertement homophobes nommés, subitement affichés comme « progressistes », complainte sur les « manif pour tous (LMPT) » soi-disant maltraités et humiliés sous la gauche, discours énamourés à l’épiscopat français, amitiés bien médiatisées entre le président et des soutiens clairs de LMPT, tragiques épisodes autour d’Agnès Thill, alliances fréquentes avec la droite anti-LGBT aux élections locales en 2020, discours injurieux venant des membres de la majorité LREM lors de débats parlementaires… Rien n’est oublié et rien ne saurait faire croire à la sincérité réelle de LREM sur les droits LGBTI+

LREM : la com’ grossière plutôt que les vraies actions

Prétendre, comme la ministre le fait, que la France réintègrerait subitement le « Top 10 » des pays pour la 1re fois depuis 2013 est non seulement faux, mais une grossière et ridicule manœuvre qui dessert la prétendue attention portée ce gouvernement aux questions LGBTI. S’il s’y intéressait vraiment, il saurait que la France a retrouvé une place dans le top 10 dès 2013 (avec la gauche), en 7e place, précisément, grâce à la loi Taubira et a été, successivement 8e, 11e, 8e, 5e, 6e, entre 2013 et le printemps 2018 (année bilan de 2017, la dernière année de la majorité de gauche à l’Assemblée nationale).

Les scores de la France, eux sont passés de 6 (sur une échelle de 1 à 12) en 2012 jusqu’à atteindre 73 % en 2018, après toutes les mesures passées pour les droits LGBTI, les règlements et circulaires et les applications du 1er et très novateur plan LGBT. Que la ministre se réjouisse que la France soit 4e, à ce stade temporairement, est une chose positive et logique, mais elle oublie hypocritement de préciser que le score actuel de 68 % est encore en dessous de celui que la France obtenait à l’arrivée de LREM, et que celle-ci l’a fait chuter à 56 % l’année passée ! Retrouvez l’historique des classements de la France par l’ILGA-Europe :

Places de la France au classement LGBT d’ILGA-Europe

Un plan à peine sorti, sans moyens ni boussole, qui théorise l’impuissance publique

Si l’absence de plan LGBT, sorti il y a quelques semaines avec un an et demi de retard, était l’une des causes soulignées par l’ILGA du recul de la France, celui-ci est pourtant un joli document bien frileux et à peine soutenu. Nul doute qu’ILGA Europe n’appréciera guère les 2 élargissements du fichage global décidé avec « GendNotes » ces derniers mois et ces jours-ci avec de nouveaux décrets liberticides ! En octobre nous analysions sévèrement ce plan qui n’affiche aucune augmentation de moyen, et ne possède aucune ligne directrice.

Un plan conçu comme une jolie liste de souhaits, plutôt que comme une feuille de route bâtie, financée et structurée. Il théorise l’impuissance publique à coups de formulations destinées aux administrations qui ne sont que gentiment invitées à agir. Les droits LGBTI+ ne sauraient être des directions que l’on peut « éventuellement » choisir de suivre !

Le PJL bioéthique et la PMA maltraités, repoussés aux calendes grecques

À ce jour, hélas, ni la PMA ni les autres contenus du projet de loi de Bioéthique, qui suscitent de nombreuses critiques de la part des associations LGBTI — pour leur transphobie notamment — ne sont en vigueur et ne le seront pas avant un moment. Le refus répété et entêté, malgré nombre de condamnations nationales et européennes en justice, d’accepter de traiter à égalité les enfants nés par GPA à l’étranger est aussi une tache indélébile et infamante pour ce gouvernement. Ces promesses de fier-à-bras restent encore des bégaiements et non des réalités concrètes accessibles à nos concitoyen·ne·s, cela faisant évidemment chuter le score de la France et continuer à décrédibiliser cette majorité.

Prétendre gagner la course, en n’en ayant parcouru qu’une petite moitié

Enfin, sur une note plus légère, mais qui témoigne de la fébrilité de ce gouvernement. Le classement de l’ILGA Europe sort chaque année le 17 mai, comme toutes les associations et les personnes qui suivent ces questions le savent. Un classement indicatif en décembre n’est l’assurance de rien en mai, une fois que les structures associatives des différents pays auront pu faire part de leurs observations et remarques. Et à cette date, de nombreux ratés déjà réalisés laissent craindre que cette 4e place soit loin d’être conservée, hélas.

Tout en sachant que le plus important, pourtant, reste le score atteint sur les critères de l’ILGA et, déjà là, la France est en retard sur elle-même. Nous encourageons donc le ministère à se mettre au travail, réellement, à être en plein avec toutes les associations plutôt qu’à gloser et prétendre agir quand tant reste à faire. Nous sommes prêts à le rencontrer pour lui proposer des pistes d’action.