Département

Financés par l’assurance-maladie, les Cegidd (Centre gratuit d’information de dépistage et diagnostic, pour les IST et le VIH) sont un maillon essentiel dans le domaine de la santé sexuelle, de l’information sur les moyens de prévention et de contraception.

Ils ont remplacé en 2016 les centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) et les centres d’information, de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles (CIDDIST). Les collectivités auront largement à s’appuyer sur les réseaux de Cegidd présents sur leur territoire et l’expérience de leurs personnels.

Pour des actions transversales dans tous les domaines de santé

Dans le domaine de la santé et de la prévention, on aurait tort de croire que la lutte contre les IST et le VIH-sida, bien qu’essentielle, soit la seule donnée à prendre en compte. L’OMS définit la santé comme un état de complet bien-être, physique, social et mental et en fait l’un des droits fondamentaux de toute personne.

Les champs d’intervention possibles pour les collectivités sont donc vastes même si elles n’ont pas une compétence directe.

À travers les actions des services régionaux ou départementaux et des liens qui peuvent se créer entre eux et les autres structures publiques ou parapubliques ainsi que les associations, des actions peuvent être menées qui permettent de mettre en place des plans ambitieux pour que les personnes LGBTI+ soient pleinement intégrées dans des politiques coordonnées de santé publique, avec leurs spécificités.

Les départements sont compétents pour l’action sanitaire et sociale de l’enfance et de la famille (centres de PMI…) et des personnes en difficulté. S’appuyer sur les Ceggid et l’expertise de leurs professionnels pour mener des politiques de santé est une évidence.

Dans ces centres, des brochures d’informations, des rendez-vous avec des médecins et du personnel soignant spécialisé dans les questions liées à la santé sexuelle sont disponibles. Il faut que cette documentation soit aussi présent la plus largement possible dans les différents endroits où elle est nécessaire, en fonction des publics visés. Il faut également encourager, soutenir, les consultations et documentations sur les IST et la santé sexuelle en direction des lesbiennes et des trans.

Améliorer l’accès aux Cegidd

Différents aspects peuvent freiner l’accès aux Cegidd :

  • un nombre trop faible de Cegidd (ou des créneaux horaires et jours d’ouverture trop réduits) qui amènent, surtout dans les régions fortement peuplées, à des délais d’accès pouvant être de plus d’un mois et demi pour des urgences de soins ;
  • la distance entre le lieu des consultations et le domicile des personnes qui peuvent avoir un intérêt à profiter de cet espace anonymisé et gratuit pour consulter (en priorité des publics jeunes, ou précarisés financièrement ou institutionnellement : des femmes, des chômeurs, des personnes sans-papiers ou étrangères y compris allophones, les cumuls de ces critères renforçant les diverses difficultés d’accès), et le maillage de transport public qui permet d’y accéder ;
  • et les horaires d’ouverture trop réduits, qui peuvent empêcher certains des publics cités, d’avoir un accès « facile et rapide » à ces structures.

Les collectivités peuvent aussi travailler à l’émergence de nouveaux centres par le prêt de locaux adaptés.

À Toulouse, sur une population de 480 000 habitants avec une métropole de près de 800 000 habitants, l’unique Ceggid est saturé, amenant à de longs délais de rendez-vous.

Faire coopérer Cegidd et associations

Les mesures à prendre peuvent être de voir comment continuer à décentrer et développer un réseau efficace de permanences des Cegidd dans des structures départementales ou en lien avec des structures municipales, afin d’accueillir plus largement le public. Les associations de lutte contre le VIH-sida comme Aides ont, elles aussi, des permanences avec des militant·e·s informé·e·s et disponibles. Elles peuvent rechercher des locaux qu’une collectivité telle que le département pourrait rendre disponibles pour cette mission d’information et de dépistage.

Soutenir les associations de santé pro LGBTI+

Par ailleurs, en politique de santé, soutenir les associations de lutte contre le VIH-sida qui agissent localement chaque jour contre la précarité des personnes malades, pour la solidarité envers les séropositifs et pour la prévention est une première étape facile et rapide à mettre en place, avec des subventions pour fonctionnement et projet, classiques, des prêts de locaux, ou tout autre moyen discuté entre la collectivité et les associations.

On pourra aussi penser à la signature de conventions pluriannuelles pour les associations notamment celles ayant des activités économiques dans le domaine de la santé, afin de sécuriser leurs activités et permettre un travail serein à leurs équipes et proposer une offre de soins pérenne

Enfin, la présence des élu·e·s à l’occasion des manifestations du 1er décembre (journée mondiale de lutte contre le sida) pourra accompagner ces efforts et démontrer l’implication des conseillers généraux dans ce domaine.

Prendre en compte tous les acteurs de la prévention

Les actions de santé et prévention peuvent être menées en lien avec les Cegidd (sur les questions de santé sexuelle, prévention), les éventuels centres municipaux, ou centres de santé associatifs et mutualistes, pour des interventions dans les collèges et des programmes de collaboration tout au long de l’année.

Pour une politique de lutte contre le VIH-sida, l’échelon mondial est aussi une donnée pertinente, pour un département, il est possible d’intégrer des réseaux internationaux de lutte contre le VIH-sida à l’image du « FastTrackCities » que plusieurs villes françaises ont déjà rejoint, et la Seine-Saint-Denis y est le seul département (Voir International p.69). 

Marquer symboliquement le soutien de la collectivité aux LGBTI+

Le soutien de l’exécutif régional et départemental doit être annoncé, et marqué symboliquement pendant les dates de grands évènements LGBTI+, notamment pendant la journée mondiale IDAHOTB du 17 mai, où, en plus de la levée du drapeau arc-en-ciel et son affichage symbolique sur des bâtiments officiels d’autres démonstrations sont possibles. Les 6 couleurs arc-en-ciel peuvent être déclinées et installées pour différentes temporalités, et pas uniquement sur une seule journée, sur des lieux et mobiliers urbains (passages piétons, éclairage d’un bâtiment officiel, poteaux, bancs, bornes…). Il faudra aussi rapprocher les associations et la collectivité pour mener un travail correct de visibilisation LGBTI. Dans plusieurs villes de France, par exemple, des escaliers ont été peints aux couleurs de l’arc-en-ciel, par des acteurs associatifs ou des particuliers. Après des dégradations et des actes de vandalisme, des collectivités ont signalé qu’elles les entretiendraient. Il faut envisager de proposer, dans des lieux appartenant à la collectivité, d’accueillir des actions similaires. L’exécutif et les services concernés doivent regarder comment associer des acteurs de terrain — associations LGBTI+, de riverains, d’usager·e·s — afin que, dans le respect des prérogatives de chacun, le soutien de la collectivité soit visible. Toutes les idées de visibilisation et de communication sont bonnes à prendre et à gérer budgétairement dans le cadre de remplacement, d’évolutions et de rénovations ! Elles sont aussi à mettre en œuvre dans le cadre des discussions menées avec les acteurs associatifs qui sont en lien avec les différents services régionaux ou départementaux.

Agir pour les LGBTI+ dans la vie du territoire

En plus des actions directement menées par les élu·e·s et les services des collectivités, les élu·e·s peuvent également inciter les structures locales qui peuvent être liées à la collectivité à faire, elles aussi, le pari de la fraternité. En leur facilitant le travail lorsque les services des collectivités sont impliqués dans des démarches et en fournissant des documents, informations et directives sur la manière dont l’institution et ses élu·e·s s’impliquent dans la lutte contre toutes les discriminations.

Région

Agir dans les lycées est une démarche efficace pour des politiques de prévention qui toucheront un public plus à risques que la moyenne. Avec des campagnes de communication et de l’affichage permanent, la présentation des numéros d’appel comme Sida Info Service ou SOS Homophobie, la présence de personnel médical ou de santé pour des actions de prévention, des liens avec les associations de santé y compris communautaires, avec les centres LGBTI+ et les organisations interassociatives locales…

Région et département

Proposer des campagnes de prévention VIH et IST, soit directement réalisées par la collectivité, soit en relayant celles des acteurs de prévention (Aides, Sida Info Service, Sidaction, Vers Paris Sans Sida, Crips etc.) dans les lieux et sur les supports les plus adaptés à la diffusion du message.

On peut envisager tous les supports de communication (brochures, affiches, stickers, sites, applis…), y compris en partenariat avec des associations, pour tous les publics et des déclinaisons ciblées thématisées en fonction des différents publics et de leurs spécificités.

Penser aux populations particulièrement exposées

Concernant les populations les plus exposées aux épidémies de VIH-sida et autres IST (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, migrant·e·s, travailleur·euse·s du sexe, personnes trans, usagers de drogues), les collectivités peuvent soutenir et proposer des actions de prévention (typiquement le dépistage rapide) en lien avec les Cegidd cités plus haut et les associations de lutte contre le VIH-sida et les associations LGBTI+ généralistes.

Elles peuvent s’engager à soutenir les associations qui agissent pour apporter conseils et premiers soins aux réfugié·e·s/migrant·e·s parce que la politique de santé d’un territoire ne peut pas exclure une partie de sa population au risque d’avoir un impact sur l’ensemble de celle-ci.

Agir efficacement contre le VIH-sida

Soutenir les évènements de prévention VIH comme ceux organisés à l’occasion du 1er décembre, et, lorsque c’est nécessaire, favoriser l’information et l’accès aux modes de prévention diversifiée, comme la prophylaxie préexposition (PrEP) ou aux traitements post exposition (TPE), dans les hôpitaux du territoire, notamment en agissant via les conseils de surveillance des hôpitaux.

Créer des espaces de dialogue grâce aux associations

Les interventions en milieu scolaire (IMS) réalisées par des associations agréées et qui permettent d’ouvrir un espace de dialogue avec des militants expérimentés sur des sujets parfois complexes à aborder au sein des classes (lutte contre les LGBTI-phobies, santé, prévention) sont à favoriser.

La parole claire des conseiller·e·s présents dans les conseils d’administration des collèges et lycées pour proposer ces travaux est attendue. Et, par ailleurs, tous les publics doivent pouvoir accéder à des espaces de dialogues et de discussions, entre pairs, avec des experts, des militant·e·s… Les associations qui créent ces espaces doivent trouver une oreille attentive auprès de la collectivité pour un soutien.

Lutter contre la sérophobie

Hausse des contaminations (+6 % de sérologies positives entre 2018 et 2019 selon les chiffres de Santé publique France), précarisation des personnes malades et des séropositifs, discriminations d’un autre âge, telle est encore aujourd’hui la réalité du VIH-sida en France.

C’est pourquoi il est important que les Conseils régionaux et départementaux confirment leurs soutiens aux associations qui agissent sur le terrain aux côtés des publics ciblés, des personnes vivants avec le VIH, des malades et leurs proches…

Santé publique France a réalisé une nouvelle campagne de communication pour dénoncer les préjugés liés à la sérophobie. La lutte contre la sérophobie (la peur, le rejet, le dégoût des personnes vivant avec le VIH-sida) n’est pas accessoire et reste une démarche essentielle de fraternité, pour combattre les peurs et les préjugés, et réaffirmer que c’est le VIH qu’il faut exclure, pas les personnes vivant avec.

Soutenir et créer des centres dédiés à la santé sexuelle

Les expériences réussies des centres de santé sexuelle, validés par tous les médecins experts et les associations de terrain, indiquent le chemin à suivre. Soutenir et développer les centres existants ou en créer au moins un par département notamment dans les grandes métropoles.

Département et régions doivent y contribuer, ils peuvent être gérés par des associations spécialisées ou directement par les collectivités.

Lutter contre la précarité menstruelle

En dehors des actions liées aux thématiques propres aux publics LGBTI+, pour les questions de santé il ne faut pas oublier la question des règles. Il faut intégrer celle-ci dans les questions de santé, et on permet la fourniture gratuite de protections menstruelles afin que les règles ne soient pas un problème social pour les filles et femmes.

Il faut mettre en place un accès facilité à ces produits, notamment auprès de publics précaires, invisibles ou au niveau de vie réduit : étudiantes, prisonnières, personnes en milieu hospitalier, sans-abri, migrantes/réfugiées… Avec ses compétences bien spécifiques, le gouvernement écossais a choisi de mettre en place la gratuité de ces biens, devenant ainsi le premier gouvernement local au monde à faire ce choix.

100 actions pour les droits des LGBTI+ dans les territoires

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