Le 8 mars est la Journée internationale pour les droits des femmes. C’est l’occasion de revenir sur les 5 années d’un président et d’une majorité qui se revendiquaient féministe et avaient promu les droits des femmes comme grande cause nationale. Une « grande cause » bien mal servie durant 5 ans, qui concerne aussi les LGBTI+ dont les combats communs avec le féminisme font partie de notre histoire et de notre quotidien. 

Si, en 2016, le candidat Emmanuel Macron s’autoproclamait « féministe », force est de constater qu’il n’y a pas eu de nette évolution des droits des femmes durant ce mandat. Une décélération a même été constatée dans l’égalité entre hommes et femmes à l’instar des déclarations sexistes non dissimulées et même de graves accusations de harcèlements et de violences sexuelles de certains membres du gouvernement Macron. Et cela, malgré la déflagration mondiale de #MeToo.

Bien que le patriarcat et les violences de genre soient de plus en plus dénoncés par les mouvements sociaux, la présentation de la lutte pour le droit des femmes comme une « grande cause nationale » par Macron, tient plus d’une communication politique malhonnête que d’une réelle intention de mettre un terme à des situations souvent mortelles pour des concernées.

La pandémie de Covid a par ailleurs largement augmenté le risque que des femmes soient soumises à la violence de certains hommes, l’isolement accroissant le risque de violence et la possibilité d’emprise. Après moult promesses, quel est le bilan pour les femmes en 2022 ?

Prévention et lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Féminicides conjugaux : Selon les derniers chiffres de #NousToutes, 22 femmes ont déjà été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le début de l’année 2022, des chiffres à la hausse en comparaison à 2021. Il y avait eu un total glaçant de 113 victimes en 2021, contre 123 en 2016, avant Macron… 

Pour lutter efficacement contre les violences faites aux femmes, il est nécessaire et urgent que l’État français adopte une stratégie nationale multisectorielle dotée d’un plan détaillé et budgétisé.

Certes, le « Grenelle contre les violences conjugales » de 2019 a permis (au moins sur le papier) des avancées dans ce domaine, comme l’ouverture sans discontinuer d’une ligne téléphonique à destination des femmes victimes de violences et la possibilité d’obtenir une ordonnance de protection dans un délai maximal de 6 jours.

Certaines mesures demeurent donc insuffisantes, peu ou pas appliquées (et pas uniformément sur le territoire), telle que la création de 1000 places d’hébergement supplémentaires pour les femmes victimes de violences. En effet, depuis 2022, entre 21. 250 et 35 700 femmes auraient besoin d’un hébergement pour être à l’abri de ces violences. Les dispositifs d’accueil d’urgence demeurent donc très insuffisants au regard des besoins et il faudrait multiplier au moins par deux les places disponibles pour pallier la difficulté.

Par ailleurs, les affaires de violences dans les couples sont encore trop souvent considérées par des magistrats comme relevant de la sphère privée, et de la sorte sanctionnées moins durement que des violences égales qui seraient commises sur un·e inconnu·e. Cet état de fait a encore moins de sens lorsque l’on sait que le fait pour l’auteur d’être ou d’avoir été marié ou en couple avec la victime constitue une circonstance aggravante du délit au regard de la loi (art. 132–80 du Code pénal), et non une circonstance atténuante ! Cette aggravation de la peine étant encore peu constatée dans le peu d’affaires portées devant les tribunaux, elle ne peut jouer le rôle dissuasif qu’elle était censée tenir. Par ailleurs, si les peines alternatives à l’emprisonnement, tel que le stage de responsabilisation, peuvent être de bons moyens pour prévenir la récidive, encore faut-il que les moyens financiers soient dégagés pour permettre de les mettre en œuvre.

Lutter contre les violences faites aux femmes, c’est aussi leur permettre d’être écoutées lors des dépôts de plainte aux commissariats. Les scandales médiatiques qui ont émaillé l’année à ce propos en témoignent, les fonctionnaires de police sont aujourd’hui très mal formés pour accueillir la parole des femmes victimes, soit que le manque d’écoute bienveillante, le jugement et le déni de la gravité de la situation, dissuadent les femmes de rapporter les violences dont elles sont victimes, soit qu’elles en soient dissuadées par ceux-là mêmes dont le rôle est de les protéger dans les cas les plus graves.

Il est enfin nécessaire de garantir, pour chaque femme reconnue victime de violences conjugales, un moyen de contacter directement les services de police. Si le coût du téléphone grand danger peut paraître dissuasif à cet égard, de nombreuses solutions peuvent être envisagées au regard des possibilités que permettent les avancées technologiques.

Égalité professionnelle et autonomie économique : un eldorado impossible ?

L’égalité économique entre les genres ne peut se faire sans une large augmentation de la participation des femmes au marché du travail. Le prix exorbitant de bien des services de garde d’enfants met de nombreuses femmes dans l’incapacité de faire garder leur enfant, et à fortiori dans l’incapacité d’occuper un emploi à temps complet.

Les derniers chiffres consolidés par l’Insee sur les différences de salaires entre femmes et hommes (2019) illustrent encore un revenu inférieur de ‑22,3 % pour les femmes ! Et 27 % des femmes sont à temps partiel (souvent subi, pas volontaire), contre seulement 8 % des hommes.

De plus, les femmes et les hommes salarié·es ne sont pas confrontés aux mêmes conditions de travail. Leurs expositions aux risques professionnels diffèrent. Ainsi, des métiers dits « physiques » ou « manuels » seront davantage pourvus par des hommes, rabaissant les femmes à des stéréotypes de faiblesse physique, tandis que des postes exposés à des risques et stress psychosociaux plus importants seront davantage pourvus par des femmes (métiers des soins et du « care »). Les femmes exerçant plus souvent des métiers de service que les hommes, elles sont contraintes à se montrer plus flexibles sur l’aménagement de leur temps de travail. De plus, elles sont plus exposées sur le plan émotionnel (travail intense, conflits de valeur, instabilité du poste) et disposent pourtant d’une moindre latitude décisionnelle. Ces différences d’expositions amènent à s’interroger sur le rôle des normes de genre dans les risques que les femmes et les hommes encourent dans leur travail, y compris dans leur appréhension.

Enfin, quelle que soit la position sur la prostitution « travail du sexe », celle-ci est légale en France et les femmes travailleuses du sexe (TDS) ne doivent plus subir de discriminations. Par conséquent, il faut continuer à demander l’abandon des politiques répressives envers les travailleur·se·s du sexe. Une demande qui, il faut le rappeler, n’est en rien contradictoire avec la lutte active contre l’exploitation, les proxénètes et les trafics humains. Protéger les TDS passe par le financement direct des programmes de santé communautaires œuvrant à leur bonne santé et à leur sécurité. Les TDS sont très exposées et souvent victimes d’atteintes aux droits humains, y compris de la part d’institutions publiques. Cette situation pernicieuse et extrêmement dangereuse est en partie due aux lois qui les mettent en danger, en les stigmatisant, les marginalisent et les poussent à une plus grande précarité au lieu de les protéger.

Éducation sexuelle : quand c’est flou…

Selon une enquête de #NousToutes parue début 2022, seules 13 % des 3 séances annuelles d’éducation à la sexualité promises dans les collèges et lycées dans nos lois (depuis 2001 !) sont bien réalisées ! Le même rapport questionne sur le contenu et la qualité des rares séances menées, centrées sur « une approche purement biologique de la vie affective et sexuelle »… Combien abordent de manière efficace et juste le plaisir des femmes et les sujets LGBTI ?

Il faut qu’une évaluation, indépendante des services du ministère, puisse constater de l’effectivité des « 3 séances annuelles » (déjà insuffisantes) d’éducation sexuelle en cours réguliers sur tout le territoire. Et il faut que les programmes prévoient, au moins, une récurrence annuelle en collèges et lycées (privés, agricoles, professionnels, militaires et les établissements français basés à l’étranger) de cours d’éducation sexuelle.

Dans ces cours, seront intégrées correctement, et de manière non normative, les différentes orientations sexuelles, identités de genre et caractéristiques sexuelles, et sans cantonner les contenus des cours d’éducation sexuelle et affective à la seule biologie, aux questions de reproductions ou sanitaires.

Une PMA limitée et sur le tard…

Depuis presque 7 mois (donc en toute fin de mandat), l’accès à la PMA a été ouvert en théorie aux couples de femmes ainsi qu’aux femmes seules, sous condition d’âge. Résultat : selon le bilan établi par l’Agence de biomédecine, au 31 décembre ; seule 1 femme célibataire ou lesbienne, sur 6 800 demandes, était bien enceinte via cette nouvelle PMA : Un résultat microscopique, 0,014 % !  Et au moment de l’élection d’avril 2022, aucune lesbienne n’aura eu un bébé issu d’une PMA réalisée en France…

De plus, les personnes transgenres restent exclues de ce dispositif, en raison de l’opposition du gouvernement et du rejet d’amendements de parlementaires qui visaient à leur inclusion dans le dispositif. Il en résulte une discrimination à leur égard, leur interdisant de fait la concrétisation de leur souhait de vivre une vie affective et familiale normale.

En outre, la « méthode ROPA » consistant à permettre à une femme de porter l’enfant issu de la fécondation de l’ovocyte de sa compagne est toujours proscrite en France alors que pratiquée sans difficulté dans bien d’autres pays. Cette limitation infondée ne trouve son explication dans aucune nécessité médicale, alors qu’elle permettrait aux deux femmes de s’investir de manière égale dans la grossesse et la mise au monde de leur enfant.

Enfin, si la PMA est de fait ouverte à un plus grand nombre de femmes, le don de sperme est trop faible tandis que celui d’ovocytes est aussi insuffisant pour répondre aux besoins en ce domaine, le tout faute d’une campagne incitant aux dons… Cela entraîne un net allongement du délai d’accès effectif à la PMA, qui peut durer jusqu’à 2 ans en France.

Sur la PMA, il demeure donc nombre de mesures correctives à adopter rapidement pour permettre à toutes les femmes d’avoir accès – de manière effective – à la procréation médicalement assistée et d’être mères.

Retrouvez nos 600 propositions détaillées dans le Manifest’HES 2022 :

HES publie son Manifest’HES 2022 : 600 propositions pour les droits LGBTI+

« Les lesbiennes invisibles »

Parce que les lesbiennes continuent de remettre en cause, au sein d’une société qui reste largement marquée par une antique vision hétéropatriarcale, des schémas et des horizons mentaux bien installés, elles continuent d’être régulièrement invisibilisées et discriminées : dans les médias, dans nos institutions, dans le monde du travail, dans les associations… De plus, pour les femmes lesbiennes non-blanches, c’est la double voire la triple peine : elles sont à la fois discriminées, car racialisées et dérogeant à l’hétéronormativité.

Les discriminations, stigmatisations et violences subies par les lesbiennes dans le cadre de leurs démarches de soins ont de nombreuses répercussions, en particulier sur leur santé mentale et sexuelle.

Victimes de préjugés, les lesbiennes se sont fréquemment heurtées à des praticien·ne·s ignorant tout des risques encourus au regard de leurs pratiques sexuelles, les jugeant et les discriminant dans la mesure où elles ne s’inscrivent pas dans le schéma hétéronormé d’une relation affective. La crainte d’être confronté à de la lesbophobie amène trop souvent ces femmes à renoncer à des consultations et soins gynécologiques, ce qui a de possibles lourdes conséquences sur leur santé physique, au-delà de l’impact psychologique de la maltraitance.

En définitive, si les droits des femmes sont aujourd’hui au cœur des discussions politiques à l’aube de l’élection présidentielle, nous déplorons le manque de moyens humains et financiers alloués à la lutte contre les discriminations et les violences faites aux femmes. Lorsque certain·e·s s’érigent comme fervents défenseurs des droits des femmes, il est bon de rappeler qu’être pour l’égalité femmes-hommes est un combat de tous les jours et non pas une cause à défendre seulement une journée par an ou en période électorale. Dans le climat idéologique polarisé par des quêtes fallacieuses d’une identité soi-disant perdue, les droits des femmes restent pour beaucoup une priorité accessoire. Les droites extrêmes et les ultrareligieux de tous poils, il faut toujours le rappeler, sont opposés à l’émancipation, aux droits égaux et aux libertés des femmes !

Les femmes, notamment lesbiennes et bies, ne peuvent pas subir un nouveau quinquennat de promesses sans lendemain, de déclarations vides et d’« influenceuses » superficielles érigées en modèles. On peut souligner le récent classement d’Osez le féminisme (OLF) validant que seul·e·s 3 des 12 candidat·e·s sont vraiment féministes, dont une seule femme, Anne Hidalgo, et sont tou·te·s classé·e·s à gauche, actant aussi que Macron ne l’est pas, pour celles et ceux qui en douteraient encore…

En conséquence, dès le 10 avril, les femmes et leurs alliés, doivent bien choisir leur vote pour que leurs droits progressent vraiment !