Le classement ILGA-​Europe 2026 publié aujourd’hui, confirme l’absence de volonté politique d’Emmanuel Macron en matière d’égalité des droits : la France est devenue un pays de demi-​droits, de demi-​mesures et de demi-​volonté. Depuis 2017 et encore plus depuis 2022, la France a décroché. Notre pays obtient 60,25 % de taux de remplissage des critères de l’ILGA Europe et reste à la 15e place sur 49 pays, derrière le Portugal, les Pays-​Bas ou encore l’Irlande. Loin, très loin, du score de 73 % atteint en 2017, au sortir du quinquennat Hollande, lorsque la France occupait encore la 5e place du classement. HES rappelait déjà en 2022 que la France n’était jamais revenue à son niveau de 2017 sous le premier quinquennat Macron.

Neuf années auront suffi à reléguer notre pays dans le ventre mou du continent européen.

Comme chaque année, l’ILGA-Europe, dont HES LGBTI+ est membre, évalue les lois et politiques publiques relatives aux droits des personnes LGBTI+ dans 49 pays européens. La Rainbow Map analyse plusieurs catégories : égalité et non-​discrimination, famille, crimes et discours de haine, reconnaissance juridique du genre, intégrité corporelle des personnes intersexes, espace civique et droit d’asile. L’édition 2025 d’ILGA-Europe rappelait que cette évaluation repose sur 76 critères répartis en sept catégories. 

En 2026, le score français baisse encore : 60,25 %, contre 61 % en 2025 et 62 % en 2024. Le rang, lui, reste bloqué à la 15e place. Cette stagnation s’inscrit dans une trajectoire continue depuis la fin de mandat de François Hollande. La France de 2017 avait porté le mariage pour toutes et tous, le premier plan national de lutte contre les LGBTphobies, la possibilité du changement d’état civil sans condition médicale, l’inscription de l’identité de genre dans le droit pénal. Cet héritage a été dilapidé sans qu’aucune politique publique d’ampleur équivalente ne vienne le prolonger.

Voir la Rainbow Map 2026

I) Neuf années Macron : la promesse retournée

Alors qu’il s’agit du dernier classement publié sous le 2e mandat d’Emmanuel Macron, il faut revenir sur l’intégralité de ses quinquennats pour comprendre comment la France a pu passer de la 5e à la 15e place en moins d’une décennie.

En 2017, Emmanuel Macron promettait de “faire mieux” que son prédécesseur sur les droits LGBTI+. Le résultat est exactement inverse. Pendant trois ans, de 2017 à 2020, la France a connu un angle mort politique : le plan national de lutte contre les LGBTphobies instauré sous François Hollande en 2016 s’est terminé sans renouvellement immédiat et sans successeur solide. Ce vide a pesé lourdement dans les classements successifs.

Le ton avait été donné dès le début du mandat, avec le discours présidentiel aux évêques du Collège des Bernardins en avril 2018, et les signaux envoyés à une partie de la droite catholique conservatrice. La majorité présidentielle, composée pour partie de rallié·es de la droite et d’ancien·nes responsables socialistes pressé·es d’enterrer leur propre héritage de gauche, s’est révélée structurellement incapable de porter un projet ambitieux pour les droits LGBTI+.

La PMA pour toutes les femmes en aura été le symbole. Promise dès 2017, intégrée à la loi bioéthique, elle aura connu trois années de reports, de revirements et de déclarations indignes jusque dans les rangs mêmes de la majorité, avant d’être votée à l’été 2021. Et encore, dans une version partielle : limites d’âge contestées, parcours décourageants et discriminants, pas d’ouverture de la méthode ROPA, exclusion des personnes trans, absence de refonte globale de la filiation. HES soulignait déjà en 2022 que cette avancée, bien réelle, avait été obtenue tardivement et dans des conditions très insuffisantes.

Les rares conquêtes du premier quinquennat – interdiction des thérapies de conversion, ouverture de la PMA, fin de la période d’abstinence pour le don du sang des HSH – ont toutes été tardives, incomplètes ou obtenues sous pression parlementaire et associative. 

Les reculs assumés doivent s’ajouter à ces hésitations. En matière de filiation des enfants nés par GPA à l’étranger, le pouvoir macroniste a tourné le dos à ses propres engagements et aux exigences de protection des enfants déjà nés. Quelques semaines avant le premier tour de 2022, Emmanuel Macron reprenait même, face à Brut, une partie du vocabulaire des opposants à l’éducation contre les LGBTphobies en affirmant qu’il ne fallait pas “parler des sujets LGBTI à l’école”

Le second quinquennat aura été à la hauteur de cette vacuité programmatique : aucun grand texte, aucune stratégie structurante, aucune ambition législative nouvelle et pire des attaques contre les droits des personnes trans comme avec la récente proposition de loi Rodwell.

II) Un score français qui dit l’immobilisme

Le score global de la France, 60,25 % est la traduction chiffrée d’une absence de volonté publique. 

En matière d’égalité et de non-​discrimination, la France atteint seulement 59,35 %. Pour un pays qui se réclame de l’universalisme républicain, ce chiffre devrait alerter car il signifie que notre cadre juridique et nos politiques publiques ne couvrent qu’un peu plus de la moitié de ce qui est attendu d’un État réellement engagé pour l’égalité des droits.

Les principes, les discours et les campagnes existent parfois mais les moyens restent insuffisants, les administrations inégalement formées, les dispositifs trop fragmentés, les politiques de prévention trop faibles. La République ne peut pas se contenter de proclamer l’égalité si elle n’organise pas concrètement son effectivité.

Sur la famille, la France obtient 75,71 %. C’est l’un de ses meilleurs scores, mais il ne doit pas servir de rideau de fumée. Oui, le mariage, l’adoption et la PMA pour les couples de femmes constituent des avancées majeures Mais les angles morts demeurent nombreux : filiation encore inégalitaire, absence de reconnaissance automatique de la coparentalité, ROPA toujours interdite, personnes trans exclues de certains parcours de parentalité, enfants nés par GPA à l’étranger insuffisamment protégés.

Les  familles françaises  ont changé mais le droit continue d’avancer à reculons.

Le score le plus inquiétant concerne les crimes et discours de haine : 46,34 %. Moins de la moitié des critères sont remplis. Ce chiffre est vertigineux dans un contexte de banalisation des discours réactionnaires, de violences anti-​LGBTI+, de guet-​apens homophobes, de cyberharcèlement, d’attaques contre les personnes trans et de campagnes coordonnées contre les droits des minorités.

Ce chiffre est le symbole de l’échec d’une politique pénale et préventive incapable de répondre à l’intensification des violences. Il dit aussi l’absence de stratégie sérieuse face aux plateformes numériques, aux producteurs de haine en ligne et aux discours de stigmatisation qui circulent.

La France obtient 63,14 % sur la reconnaissance légale du genre. Ce score traduit une situation de compromis insuffisant. Des avancées ont existé, notamment sous la gauche, mais la France refuse toujours d’aller au bout de la logique d’autodétermination. Le changement d’état civil reste trop lourd, trop judiciarisé, trop inégal selon les territoires et trop dépendant de procédures qui devraient relever d’un droit simple, gratuit, déclaratif, devant l’officier d’état civil.

Le chiffre le plus brutal reste celui de l’intégrité corporelle des personnes intersexes : 0 %. La France ne remplit aucun des critères attendus dans cette catégorie car il n’y a aucune interdiction claire des interventions médicales non vitales sur les enfants intersexes, aucune véritable politique publique de dépathologisation et d’accompagnement et aucun dispositif suffisamment protecteur. Ce 0 % est une honte démocratique et sanitaire. Il rappelle que, sur l’intersexuation, la France reste dans un retard profond, malgré les alertes répétées des associations et des instances de défense des droits.

La France obtient 100 % sur l’espace accordé à la société civile. Ce score positif doit évidemment être salué. Les associations LGBTI+ peuvent agir, se constituer, prendre la parole, organiser des mobilisations. Mais ce score ne doit pas servir de paravent car une société civile vivante ne suffit pas lorsque l’État ne lui donne pas les moyens de transformer ses alertes en politiques publiques.

Enfin, sur l’asile, la France n’obtient que 50 %. Là encore, le résultat est insuffisant. Les personnes LGBTI+ exilées, réfugiées ou demandeuses d’asile continuent de faire face à des procédures complexes, à des récits intimes parfois mis en doute, à des conditions d’hébergement dangereuses et à une notion de “pays sûrs” trop peu adaptée aux réalités vécues par les minorités sexuelles et de genre.

3) Un plan LGBTI+ déclaré en échec par la CNCDH

Présenté en juillet 2023 par la Première ministre Élisabeth Borne, le Plan national pour l’égalité, contre la haine et les discriminations anti-​LGBT+ devait incarner un redémarrage. Trois ans plus tard, le constat est sans appel.

Dans son évaluation publiée le 19 mars 2026, la CNCDH dénonce une mise en œuvre “très largement insuffisante”. Selon elle, seules 21 % des mesures ont été pleinement réalisées, tandis que 41 % n’ont pas été réalisées et 25 % ne l’ont été que de façon insuffisante. Elle pointe aussi une concertation limitée, tardive et incomplète, des objectifs trop généraux, l’absence de calendrier précis et de moyens identifiés.

La CNCDH souligne également plusieurs angles morts majeurs : absence totale de mesures pour les personnes LGBTI+ migrantes ou demandeuses d’asile, manque d’ambition concernant les personnes trans, faible prise en compte des lesbiennes, bisexuelles et pansexuelles, insuffisance de l’approche intersectionnelle, attention limitée aux territoires ruraux et ultramarins.

Le plan 2023 – 2026 a été un objet administratif sous-​piloté, sous-​financé, insuffisamment co-​construit, et trop peu suivi. Il  n’a pas été l’outil de transformation attendu. 

La CNCDH formule désormais 127 recommandations pour structurer le futur plan 2026 – 2029. Ce chiffre dit, à lui seul, l’ampleur du chantier laissé ouvert.

IV) Pendant que la France stagne, l’Europe avance

Le contraste avec le haut du classement est saisissant. Plusieurs pays européens continuent d’avancer parce qu’ils ont fait le choix d’une volonté politique claire, de lois protectrices et de politiques publiques construites avec les associations. Depuis plusieurs années, la France est dépassée par des pays voisins comme l’Espagne, la Belgique ou le Luxembourg.

L’enseignement politique est clair : les droits LGBTI+ progressent lorsque les gouvernements assument le rapport de force contre les mouvements réactionnaires. Ils progressent quand les États traitent les personnes LGBTI+ comme des citoyen·nes à part entière, dont les droits disent quelque chose du niveau démocratique d’une société.

À l’inverse, la Pologne, la Hongrie ou l’Italie de Giorgia Meloni rappellent que les droits LGBTI+ sont devenus un terrain central de la bataille culturelle européenne. Les mouvements conservateurs, religieux, nationalistes et d’extrême droite ont parfaitement compris que s’attaquer aux personnes LGBTI+, et en particulier aux personnes trans, permettait de remettre en cause plus largement les droits des femmes, les libertés individuelles, l’éducation, la santé sexuelle, l’autonomie corporelle et l’égalité réelle.

V) En 2027, l’égalité doit redevenir une politique publique 

Reprendre la place qui devrait être celle d’un pays attaché aux droits humains suppose un nouveau plan LGBTI+ doté de moyens réels, l’inscription de l’expression de genre et des caractéristiques sexuées dans le droit antidiscriminatoire, la fin des opérations médicales non consenties sur les enfants intersexes, l’autodétermination complète de l’état civil pour les personnes trans, la reconnaissance automatique de la coparentalité, l’effectivité de la lutte contre les violences, une politique de santé LGBTI+ ambitieuse et une véritable protection des personnes LGBTI+ demandeuses d’asile.

Aucune de ces mesures n’est révolutionnaire. Toutes sont déjà discutées, portées, documentées, et souvent mises en œuvre ailleurs en Europe.

Il manque la volonté politique.

Le 60 % et la 15e place de la France résument neuf années pendant lesquelles les droits LGBTI+ auront été, pour la majorité présidentielle, un paramètre utilitariste, un joker médiatique, un sujet à éviter dès qu’il risquait de heurter l’aile droite du dispositif. La promesse – déjà faible – de 2017 aura été reniée plus d’une fois. 

Face aux mouvements réactionnaires, face aux paniques morales, face à l’extrême droite et aux gouvernements qui temporisent, la gauche doit affronter 2027 avec courage et écouter sérieusement les associations et la société civile organisée pour construire les promesses d’égalité de la République d’après Macron.

C’est cette responsabilité que nous comptons remettre au cœur du débat public d’ici dans les prochains mois.