La lutte contre les thérapies de conversion a enfin franchi un premier pas important la semaine passée à l’Assemblée nationale, lors du vote en première lecture de la proposition de loi de Laurence Vanceunebrock. Ce texte, à la chronologie bien trop hésitante depuis 2018, a fini par trouver une petite place dans l’agenda parlementaire, grâce surtout à la pression associative sur le gouvernement.

Un premier pas, mais des alertes importantes

Ce pas reste le premier, car le chemin est encore trop long d’ici à un vote final et une interdiction réelle de ces pratiques. Le Sénat devra encore trouver un temps pour examiner ce texte, avant une ultime lecture qui doit absolument intervenir au pire d’ici fin février 2022, puis les suites classiques d’une loi (promulgation, et surtout écriture et publications de décrets d’application).

Mardi 5 octobre au soir, à l’Assemblée, il y eut pourtant un festival. Celui des amendements et de leur « défense » (les prises de paroles des députés pour motiver et défendre leur amendement) de la part de la droite et de l’extrême droite. Avec diverses argumentations douteuses, ce sont encore et toujours de vieilles obsessions homophobes, transphobes et de citation sur la « théorie du genre » (qui n’existe pas !) qui ont été amenées en plein débat public dans l’hémicycle.

Il est heureux que les députés, à la fois la rapporteure, et Bastien Lachaud qui avaient tous deux travaillé sur la mission flash sur le sujet des TDC et le groupe des députés PS aient pu porter haut le débat. Ils ont aussi proposé de vrais amendements recevables, pour une amélioration sensible de la proposition de loi. HES tient à souligner l’investissement, notamment, de la jeune députée socialiste parisienne Lamia El Aaraje, mobilisée sur ce sujet, qui a reçu les associations pour un travail préalable, malgré un calendrier très resserré…

On notera que si aucun député présent n’a voté contre ce texte, 3 ont choisi de s’abstenir : Xavier Breton (LR), Marie-France Lorho (Ligue du Sud, proche des idées du RN et de Zemmour) et Emmanuelle Ménard (RN). Les arguments développés par ces 3 personnes durant les examens des amendements et leur vote final, les liant dans une posture classique anti-LGBTI, dans le sillage de groupuscules extrémistes, bruyants mais minoritaires.

On ne pourra que regretter le refus du gouvernement LREM de Macron d’intégrer les amendements contre les mutilations sur les personnes intersexes. L’explication que les opérations sur les enfants intersexes seraient déjà interdites dans la loi de bioéthique, justifiant le refus des élus de la majorité de voter sur les amendements permettant de proscrire ces mutilations, n’est pas satisfaisante. Le travail sur la loi de bioéthique, présentée par la majorité comme « très bon et depuis plusieurs années » est un argument médiocre…

La transphobie comme nouvel argumentaire

Il faut entendre, lors des débats sur ce que pouvaient être les caractérisations de ces mouvements d’emprise que sont les TDC, les déclarations de la part des bancs des réactionnaires et conservateurs. Ce sont des prises de paroles « contre des mouvements de transaffirmation », qui engendrent des « ruptures avec sa famille », et qui passent par la « création d’un idiome et d’une “novlangue” pour nourrir ces fantasmes » au sujet des personnes transgenres. Leurs « arguments » n’ont aucun fondement  ni scientifique ni statistique et sont loin des réalités de la vie des LGBTI.

Les députés de droite et d’extrême droite ont évoqué aussi la « diffusion de croyances avec inflation de demandes de changement de sexe » et un argument plus classique, mais jamais inutile pour exprimer non seulement une transphobie mais également un nationalisme populiste et une  xénophobie tranquille : « Ça arrive depuis chez nos voisins ».

Contre les TDC, ces députés s’attaquent frontalement aux personnes trans et à leurs droits, ainsi qu’aux praticiens ou aux soignants qui, positivement, et avec elles, peuvent les aider dans leurs démarches médicales. La demande du député Breton « d’interdire les prescriptions de traitement hormonal visant à satisfaire une demande de changement de genre avant la majorité » afin de soi-disant protéger les enfants n’est rien d’autre que cela. La facilité avec laquelle l’argument de la marchandisation des enfants au profit d’une industrie pharmaceutique qui exploiterait leur questionnement est sortie, dépasse l’entendement, mais illustre bien que la haine, l’ignorance et le complotisme forment une trinité —  subie en continue par les LGBTI — qui continue d’être bien présente dans le débat public français…

Les références à la tragique tribune transphobe, contenant outrances faciles et mensonges factuels, parue dans L’Express en septembre sont la preuve que la vague publique transphobe qui agite déjà certains de nos voisins et dans le monde, est bien arrivée en France et ne se limitera pas à cette loi.

HES LGBTI+ refuse absolument ce jeu de dupes basé sur les mensonges, des clichés réactionnaires, l’ignorance  et le fondamentalisme religieux et sera attentive à ce que les débats suivants sur la lutte contre les TDC ne soient pas encore pollués par ces commentaires haineux.