Région et Département

Partagée entre les régions et les départements, la compétence culturelle possède un champ suffisamment vaste et vague pour permettre aux collectivités de travailler, en commun, pour diffuser, partager et créer des lieux de culture et de mémoire sur différents sujets.

Prendre part aux commémorations

Des homosexuels français ont connu la déportation durant la Seconde Guerre mondiale. La déportation pour motif d’homosexualité a été reconnue pour la première fois par l’État, en 2001, sous le gouvernement de Lionel Jospin.

Leur mémoire a donc une place reconnue (y compris de la part des associations de mémoire et d’anciens combattants nationales) dans des cérémonies officielles, notamment celles de la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation (le dernier dimanche d’avril) et la Journée nationale de la Résistance (le 27 mai), auxquelles les élu·e·s des collectivités auront une présence revendiquée.

En dépit du programme du Conseil national de la Résistance, les lois vichystes visant l’homosexualité n’ont pas été abrogées et ont même été durcies en 1960, sous le gouvernement de Michel Debré (amendement Mirguet classant l’homosexualité comme « fléau social ») et des personnes homosexuelles ont été victimes d’arrestation, d’emprisonnement, de harcèlement professionnel…

Elles ont été supprimées de nos lois par la gauche en 1982. Des cérémonies associatives qui rappellent l’histoire de ces persécutions et de leurs conséquences sont organisées à différents moments de l’année, parmi d’autres sur les questions de reconnaissance ou de santé. Les élu·e·s y sont attendu·e·s.

Inciter à faire œuvre de pédagogie sur les lieux mémoriels

La pédagogie est parfois absente des lieux mémoriels (monuments, camps…). Encore aujourd’hui, aux côtés d’un monument lié à la 2de guerre mondiale, il peut manquer des indications pour préciser sa signification. Les collectivités, en partenariat avec l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG), doivent pousser à l’apposition de plaques pédagogiques mémorielles, établies par lui, avec un descriptif pouvant contenir, notamment, le panneau de la classification des détenus du camp de Dachau.

Un travail muséographique sur les mémoires LGBTI+

Dans les musées mémoriels, il faut s’assurer d’expliciter toutes les mémoires, y compris celle de la déportation pour motif d’homosexualité.

Notamment en favorisant la mise en place de l’exposition de la Fondation pour la mémoire de la déportation afin d’afficher, d’assumer et faire connaitre cette mémoire, y compris dans les collèges, lycées et hôtels de région et département.

Les autres musées et les espaces d’exposition doivent accueillir et prévoir des présentations temporaires, ou plus pérennes, et des temps qui mettent en avant les mémoires et l’histoire LGBTI+ – et stopper aussi l’auto-censure ou le tabou sur l’orientation sexuelle de personnages historiques ou artistiques.

Celle du passé d’illégalité et la pénalisation de l’homosexualité en France et de sa réprobation sociale avec toutes ses conséquences, dans tous les domaines, sur notre territoire et à l’étranger est évidemment matrice de nombreux sujets. La dimension historique des combats et du mouvement LGBTI+, est à porter, à différents niveaux par les collectivités, en lien avec les associations.

Nommer des lieux au nom de personnalités LGBTI+

Des espaces et équipements publics (gymnase, bibliothèque, centre culturel ou d’animation, salon officiel, collège, lycée…) pourraient également porter le nom de personnalités qui ont été victimes des politiques discriminatoires, ainsi que de personnalités qui se sont illustrées dans la lutte pour l’égalité et contre les discriminations.

Organiser et prendre part à des débats publics

La participation de tous les publics à des débats confrontant les avis des citoyens et des associations aux idées des expert·e·s (médecins, juristes, philosophes…), peut faire progresser les idées humanistes, y compris sur les thématiques parfois complexes (transmission du VIH-sida et des infections sexuellement transmissibles, homoparentalité, procréation assistée…).

Des tournages inclusifs à aider

Les collectivités ont une action et des budgets pour aider les productions de téléfilms, séries, films de cinéma, documentaires, publicités… tournées sur leur territoire. Favoriser les œuvres représentant pleinement la diversité avec des équipes paritaires, aidées par le bonus 15 % du CNC et la Charte pour l’inclusion dans le cinéma et l’audiovisuel, est un premier pas.

Afin de continuer le travail d’acceptation, de visibilisation et de déconstruction des préjugés pour lutter contre les discriminations et violences, on peut mettre en place des critères « bonus » d’évaluation dans l’attribution d’aides, et favoriser des œuvres optant pour une écriture non discriminatoire et à l’image de la société réelle, y compris dans l’Histoire.

Proposer des ressources et documentations LGBTI+

Des fonds documentaires, littéraires, artistiques et archivistiques doivent soutenir ces démarches dans les lieux de culture et de documentation que les régions et départements peuvent gérer (les CDI des collèges et lycées, les bibliothèques — anciennes bibliothèques de prêt — les médiathèques départementales et les centres culturels).

Développer une offre culturelle intégrant les questions LGBTI+ et créer un agenda culturel

L’organisation et la proposition de spectacles et d’expositions sur les sujets LGBTI+, traitant ou évoquant les questions LGBTI+, peuvent être du ressort des collectivités par le soutien à la création artistique et au spectacle vivant et également par la contractualisation avec des associations culturelles et des troupes.

L’organisation de manifestations culturelles diverses de la part d’association, notamment LGBTI+ est un moyen d’intégrer par le biais de sujets génériques les différentes facettes LGBTI+. La visibilité de toutes et de tous est bien évidemment possible grâce à l’action des centres culturels, les animations et opérations de médiation culturelle diverses qu’ils mettent en œuvre.

Un soutien ambitieux aux programmes de travail et aux évènements, notamment festifs, à l’occasion des manifestations et commémorations dédiées à la lutte contre les discriminations, pourra permettre de toucher un large public et de le sensibiliser aux problématiques LGBTI+.

Proposer une communication pour ces programmes culturels LGBTI+

Dans le cadre de semaine (ou autre) d’évènements LGBTI+, le plus souvent dans les journées précédant les marches des fiertés locales, une communication spécifique de la collectivité est la bienvenue pour mettre en valeur nommément ces démarches culturelles et les aspects qu’elles portent.

Les outils habituels de communication de la collectivité seront évidemment mis à contribution, en plus des publications numériques spécifiques. Les festivals de cinéma et audiovisuels soutenus par les collectivités doivent être une démonstration de l’implication de l’exécutif local en adaptant son soutien dans l’incitation de la parité et de la diversité dans les membres du jury, dans le comité de sélection et dans la sélection des œuvres.

En 2019, 76 % des films produits ont été réalisés par des hommes, 88 % pour les œuvres audiovisuelles. Dans les festivals, les femmes ne représentent que 17 % de leur direction ou direction artistique.

Afficher la participation des élu·e·s aux évènements culturels LGBTI

La participation des élu·e·s à des festivals, des évènements soutenus par les collectivités, est une démonstration de l’implication de l’exécutif local dans la réalisation de ces actions. C’est un symbole que ces productions sont pertinentes et s’adressent à toutes et tous. Les élu·e·s devront aussi rappeler qui est à l’origine de ces évènements ou qui les soutient.

Département

Partagée entre les régions et les départements, la compétence culturelle possède un champ suffisamment vaste et vague pour permettre aux collectivités de travailler, en commun, pour diffuser, partager et créer des lieux de culture et de mémoire sur différents sujets.

Témoins de la vie publique, des actions, des engagements dans le débat public et de la vie associative locale, les archives départementales ont la possibilité de recueillir des fonds associatifs ou de particuliers.

Il est possible aussi de recenser, avec l’aide de chercheurs ou d’associations expertes, ce qui peut concerner les LGBTI+ dans les archives publiques existantes (histoire de la répression anti-LGBTI, vie de lieux LGBTI, artiste, militant·e, célébrité gay, lesbienne ou trans…), et les indexer avec les informations et les mots-clés correspondants. Il est intéressant de commencer à faire se nouer un travail entre les agent·e·s et services gérant ces structures et le tissu associatif LGBTI+ dont la mémoire reste menacée.

Coorganiser une politique mémorielle LGBTI+

Présenter des documents, objets (pas seulement liés à la Seconde Guerre mondiale) et permettre l’élaboration d’une politique patrimoniale qui tienne compte des activités des acteurs associatifs est une démarche de conservation que les départements peuvent mener.

Les centres d’archives départementales peuvent mener des actions culturelles, à travers des expositions ou des programmes éducatifs notamment, qui permettent de valoriser différents pans de l’histoire locale. 

Travailler les archives en liant associations et universitaires

Les démarches archivistiques qui peuvent être menées le seront en créant des passerelles de travail — ayant vocation à devenir habituelles —, entre les services et les actions des associations LGBTI+.

Pour des dates pertinentes sur le territoire (manifestations autour de la marche des fiertés) ou pour de plus connues nationalement (comme la journée du 17-mai), ces démarches seront également menées en lien avec la communauté universitaire, avec les unités de recherche et les étudiant·e·s, pour leur donner une portée plus large. L’inscription éventuelle, dans cette démarche, des collèges pour des travaux sur la mémoire et l’histoire proposés aux équipes pédagogiques serait la bienvenue.

100 actions pour les droits des LGBTI+ dans les territoires 

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