À l’approche des élections nationales, les droits des personnes LGBTI+ seront de nouveau un enjeu et diront beaucoup de la société que nous voulons. En France comme ailleurs, les reculs sont déjà là. Samedi 3 octobre, HES marchera à Paris aux côtés du Parti socialiste et des Jeunes Socialistes, à l’appel de l’Inter-LGBT, sous le mot d’ordre « 2027 : solidarité, diversité, LGBT+ & allié·es ».

I) En France, des reculs bien réels

Il y a près de cinquante ans, le MLF et le GLH organisaient à Paris la première marche homosexuelle indépendante. Depuis, il y a eu la dépénalisation, le Pacs, le mariage, la PMA et le renforcement de la lutte contre les discriminations. Ces avancées comptent mais elles ne rendent rien irréversible.

La France est aujourd’hui 15e au classement d’ILGA-​Europe, après avoir figuré parmi les pays les mieux classés quelques années auparavant. La CNCDH vient de dresser un bilan très sévère du plan national 2023 – 2026 contre la haine et les discriminations anti-​LGBT+ : seules 21 % des mesures prévues ont été pleinement réalisées.

Et quand le législateur agit, certaines évolutions vont dans le mauvais sens. La loi dite Rodwell, promulguée cet été, impose désormais à toute personne majeure qui demande un changement de prénom de joindre son bulletin n°3 ainsi que des documents relatifs à son inscription ou non dans certains fichiers judiciaires. Elle complique aussi la procédure pour certaines personnes disposant d’un acte de naissance étranger. Pour nous, cette logique de contrôle introduit une suspicion qui n’a rien à faire dans une démarche d’état civil et qui touche notamment les personnes trans.

Ce contexte n’est pas neutre. Les personnes trans concentrent aujourd’hui une part importante des offensives réactionnaires. Les viser, c’est aussi attaquer une question beaucoup plus large : celle du droit à disposer de son corps et de sa vie. C’est un combat qui traverse toute l’histoire de nos émancipations.

II) Des reculs qui n’épargnent ni l’Europe ni le monde

Les relations entre personnes de même genre restent criminalisées dans une soixantaine d’États. Dans plusieurs d’entre eux, elles peuvent encore exposer à la peine de mort.

Au Sénégal, une loi promulguée en mars a porté jusqu’à dix ans de prison les peines encourues pour des relations homosexuelles et créé de nouvelles infractions visant leur « promotion » ou leur soutien. Aux États-​Unis, l’administration fédérale a multiplié depuis 2025 les mesures refusant ou restreignant la reconnaissance administrative des personnes trans. En Slovaquie, une révision constitutionnelle a inscrit la reconnaissance de deux sexes et affirmé la primauté du droit national dans certains domaines relevant de « l’identité nationale ». En Turquie, nous assistons depuis quelques semaines à une répression massive du mouvement LGBTI+.

Les situations sont différentes, les régimes juridiques aussi. Mais elles rappellent une chose assez simple : les droits ne progressent pas mécaniquement. Ils peuvent aussi reculer et notre solidarité ne peut donc pas s’arrêter à nos frontières.

III) Ce que nous voulons

Nous ne voulons pas seulement dénoncer ces reculs. Nous avons aussi des revendications très concrètes.

Nous voulons un système de santé solide et accessible à toutes et tous, qui fasse de la prévention et de la réduction des risques plutôt que de la culpabilisation. Cela vaut notamment pour le chemsex : le traiter comme un tabou n’aide personne et peut éloigner des soins ou des secours celles et ceux qui en ont besoin.

Nous voulons pouvoir trouver sa place à tout âge, ne pas devenir invisible en vieillissant, protéger les plus jeunes et les écouter sur ce qui les concerne. Nous voulons aussi que l’interdiction des thérapies de conversion soit réellement effective.

Et nous n’oublions pas celles et ceux que nous avons perdu-​es : les personnes emportées par le VIH, par la détresse, par les addictions, parfois après des années de rejet et d’isolement. Cette mémoire fait partie de notre histoire.

Depuis plus de quarante ans, HES participe, avec beaucoup d’autres associations LGBTI+, à faire vivre cette visibilité et à porter ces revendications. Les Marches des Fiertés ont une place particulière parce qu’elles nous relient à cette histoire : celles et ceux qui ont marché avant nous, celles et ceux qui marcheront pour la première fois cette année, et celles et ceux qui ne peuvent toujours pas le faire librement ailleurs.

C’est aussi l’héritage de Stonewall : une histoire de visibilité, de mobilisation collective et de droits arrachés de haute lutte.

Nous le disons aussi en socialistes. Beaucoup des avancées que nous connaissons aujourd’hui ont d’abord été portées par des militantes et des militants, dans la rue et dans les associations, avant d’être traduites dans la loi. La gauche a parfois su entendre ces mobilisations. Elle a aussi parfois tardé à le faire. Notre rôle est également de continuer à y porter ces combats.

À l’approche de 2027, les droits des personnes LGBTI+ feront partie du débat public. Nous continuerons à défendre les nôtres, sans considérer aucun acquis comme définitif.

Rendez-​vous donc samedi 3 octobre à Paris à 13 h30 place d’Italie, direction place de la Bastille