Pour la 2e fois con­séc­u­tive, après analyse des actions et déci­sions pris­es depuis le début du man­dat d’Emmanuel Macron, ILGA Europe con­tin­ue de dégrad­er la France dans son classe­ment avec un recul his­torique, mar­que de l’absence totale de réflex­ion poli­tique sur les ques­tions LGBTI de la part de la majorité macro­niste.

Chute sans précédent

La France obtient 56 % sur le rem­plis­sage des critères, com­paré à 63 % en 2019 et 73 % en 2018 à la fin du dernier man­dat ! Et elle passe, ain­si de la 9e à la 13e place ! Une dégringo­lade con­ster­nante, mais bien évi­dente, hélas…

Les classe­ments de la France par ILGA Europe depuis 2012

En 2019, HES avait souligné l’aspect his­torique de la baisse de la note de la France, due déjà à l’incapacité du gou­verne­ment à envis­ager les ques­tions LGBTI et à tra­vailler avec les asso­ci­a­tions sur les reven­di­ca­tions qu’elles por­tent. HES fai­sait déjà part de sa crainte de voir les années suiv­antes rester sur la même tra­jec­toire, les faits lui don­nent rai­son et pire encore !

La France nommément (mal) citée

ILGA Europe accorde pour­tant un bien mau­vais hon­neur à la France en citant nom­mé­ment le pays, dans son résumé du classe­ment : « Un autre recul his­torique a eu lieu, avec le recul de la France de 6,80 points, parce que le plan d’actions LGBTI du gou­verne­ment a expiré ».

Elle pointe donc l’absence de plan LGBTI du gou­verne­ment, alors que celui mis en œuvre à par­tir de 2016, sous François Hol­lande, n’a été ni rem­placé ni renou­velé — c’était la pre­mière fois qu’un plan d’action nation­al con­tre les haines anti-LGBTI était créé.

L’historique des classements de la France par ILGA-Europe

De 2012 à 2018, le score de la France a aug­men­té. Retrou­vez les scores et posi­tions de la France, année après année.

 

Aucune stratégie ou politique nationale LGBTI

Sur le sujet LGBTI, force est de con­stater que c’est un angle mort de la poli­tique du gou­verne­ment. Lorsqu’il agit, il le fait comme un canard sans tête comme sur tant d’autres sujets, et la — mau­vaise — com­mu­ni­ca­tion et quelques com­plai­sances aus­si isolées que coupables tien­nent lieu de tra­vail réel.

Ces dernières semaines, il a fal­lu une let­tre ouverte de près de 70 asso­ci­a­tions nationales et locales, de cen­tres LGBTI pour alert­er le secré­tari­at d’État sur les man­ques dans les dis­posi­tifs d’aide aux LGBTI dans la péri­ode de crise liée à la Covid-19 que nous tra­ver­sons, et ten­ter d’obtenir une réponse.

Au niveau légal, hélas, aucune avancée n’a été réal­isée depuis l’arrivée au pou­voir de la majorité en mai 2017. 3 ans sans rien de con­cret. La PMA si atten­due, seule vraie réforme promise par un gou­verne­ment jouant au mata­more pro­gres­siste, a été sans cesse repoussée.

La loi bioéthique con­tenant la PMA pour toutes est désor­mais aux oubli­ettes, et ren­voyée à on ne sait quand, moins par les péripéties de la crise san­i­taire, que par les autres chantiers de casse sociale du gou­verne­ment jugés plus pri­or­i­taires.

Des conséquences désastreuses pour les LGBTI dans les (in)décisions et lois

La loi Asile et immi­gra­tion, votée par la majorité sous les applaud­isse­ments de l’extrême droite, a per­mis le ren­voi dans leurs pays de per­son­nes vivants avec le VIH et l’absence de ges­tion des réfugié·e·s par l’État a com­plex­i­fié davan­tage la sit­u­a­tion de celles et ceux LGBTI.

Même la volon­té de lut­ter con­tre la haine en ligne — sujet impor­tant pour les LGBTI — s’est trans­for­mée en arme con­tre les asso­ci­a­tions et les jeunes LGBTI avec, en plus, des risques de cen­sure impor­tants, tout cela dénon­cé par les asso­ci­a­tions égale­ment…

Et en poli­tique étrangère, le silence assour­dis­sant de la France sur ce qui se passe en Pologne et en Hon­grie est plus qu’alarmant…

Malte toujours en tête en Europe

HES salue, à nou­veau, le score de Malte, qui con­tin­ue de truster la pre­mière place depuis de nom­breuses années avec des lois et poli­tiques LGBTI fortes et assumées par le gou­verne­ment tra­vail­liste — toute­fois en con­traste fort avec l’absence de droit à l’IVG.
HES se réjouit que la Com­mis­saire européenne mal­taise Hele­na Dal­li — qui avait porté ces réformes LGBTI au niveau nation­al, ait rejoint depuis peu le nou­v­el exé­cu­tif européen pour les cinq prochaines années et soit chargée de l’Égalité.

La Pologne est dev­enue le pays le plus mal noté au sein de l’Union européenne, avec les attaques en règle con­tre les LGBTI, leur dia­boli­sa­tion par un pou­voir ultra­con­ser­va­teur engen­drant la créa­tion des infâmes « zones sans LGBT ». Tan­dis que la Hon­grie, qui suit le même chemin, enreg­istre la baisse la plus forte du classe­ment avec 8,46 points, les récentes attaques con­tre les per­son­nes trans n’amélioreront pas la sit­u­a­tion. Ces 2 pays démon­trent que le chemin vers l’égalité n’est jamais à sens unique et que les com­bats doivent se men­er quo­ti­di­en­nement.

Enfin, HES nour­rit des espoirs que l’alliance poli­tique, com­prenant le Par­ti démoc­rate revenu à la tête de l’Italie depuis peu, per­me­tte à ce pays, lanterne rouge de l’Europe occi­den­tale, d’avancer enfin con­crète­ment pour les droits des LGBTI.

En dehors de l’Union, l’Europe aussi

HES con­state que les scores les plus élevés se trou­vent au sein de l’Union européenne où les mécan­ismes de défense des droits et des minorités, même per­fectibles, exis­tent. Toute­fois, le classe­ment illus­tre bien la sit­u­a­tion très com­pliquée des LGBTI dans de nom­breux pays du con­ti­nent.

Le Con­seil de l’Europe a un rôle à jouer, avec la garantie de l’exercice des droits et pro­tec­tions insti­tués par la Con­ven­tion européenne des droits de l’Homme. Les insti­tu­tions et leurs mem­bres ont un tra­vail impor­tant à men­er pour que les sig­nataires de la Con­ven­tion respectent leurs engage­ments et per­me­t­tent aux LGBTI de men­er une exis­tence libérée des craintes de répres­sion offi­cielle et d’autres men­aces.

La France et les pays mem­bres devront surtout revoir leur poli­tique d’asile, notam­ment les listes de pays sûrs, à l’aune d’un classe­ment qui démon­tre les dan­gers, pour la sim­ple exis­tence des per­son­nes souhai­tant pou­voir vivre libre­ment leur ori­en­ta­tion sex­uelle, leur iden­tité et expres­sion de genre, dans de trop nom­breux pays encore.

Les travaux d’ILGA Europe sans appel

À 3 jours de la journée mon­di­ale con­tre l’homophobie et la trans­pho­bie, cet exé­cu­tif et cette majorité En marche démon­trent leur inca­pac­ité à pren­dre en compte les reven­di­ca­tions des asso­ci­a­tions, à com­pren­dre les enjeux poli­tiques des ques­tions liées aux LGBTI et surtout à agir, con­crète­ment pour l’égalité et l’émancipation. Pire, leurs dis­cours et leurs actions con­cour­rent à dif­fuser des con­sid­éra­tions anti-LGBT dans la société, les débats sur le PJL bioéthique, notam­ment ceux à l’Assemblée nationale l’ont tris­te­ment démon­tré. Les LGBTI n’ont pas voca­tion à rester une aimable clien­tèle, à laque­lle on sert des pro­pos (fausse­ment) com­pas­sion­nels en l’enjoignant plus ou moins explicite­ment, à patien­ter pour ses droits.

L’analyse résumée du classe­ment 2020 ILGA Europe

Le com­mu­niqué de presse d’ILGA Europe en PDF

Les visuels sur le classement ILGA-Europe 2020