Voilà quatre 4 ans qu’Emmanuel Macron et LREM dirigent le pays. Cette 16e édition de l’IDAHOTB, journée mondiale contre les haines anti-LGBTI est une triste occasion de rappeler que rien n’a été fait. Aucune réforme n’est passée depuis 2017, l’ouverture de la PMA ballotée en permanence semble à peine être potentiellement obtenue avant juin 2022 — mais dans quelles conditions ! Et au sein d’un PJL bioéthique au contenu si honteux

4 ans pour… rien

Ce mandat des progressistes autoproclamés, mais qui se sont efforcés de démontrer le contraire, aura fait perdre des années pour les droits LGBTI… Mais rien n’est conclu, heureusement, et il y a 16 bonnes raisons pour encore se battre en France et rejeter la communication grossière du parti au pouvoir :

  1. Des ministres importants (Darmanin, Lemaire, Blanquer…) et moins importants (Fesneau, Lecornu, N. Elimas, Gourault, Lemoyne…) qui se sont mobilisés contre les droits des LGBTI : Pacs, mariage, visibilité, marches des fiertés, adoption, homoparentalité et PMA… ont été nommés et continuent d’avoir un portefeuille.
  2. Plusieurs député·e·s et sénateur·rice·s élu·e·s avec photos de Macron et sous l’étiquette LREM sont, de fait, hostiles à l’égalité des droits, se sont prononcés contre l’ouverture de la PMA, voire n’ont jamais masqué leur homophobie : A. Thill, J. Son-Forget, J.-L. Bourlanges, J.-M. Fauvergue, C. Isaac-Sibille, M. Amiel, A. de Belenet, M. Wonner, O. Serva, G. Bannier, N. Rauscent, M. Lévrier… Et l’ex-élue locale des Yvelines, Agnès Cerighelli, complotiste et homophobe multicondamnée depuis, fut, elle aussi, encartée LREM. Aux municipales 2020, mais aussi pour les départementales et régionales de juin 2021, des alliances entre LREM et la droite LR qui n’a jamais masqué son rejet du combat pour l’égalité et les droits et ses discours homophobes, non seulement sont sur la table, mais se concrétisent… et pas seulement en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
  3. Macron a multiplié les courbettes et les signes d’affection aux évêques catholiques. Il a osé, à peine élu, dès 2017, prétendre que la gauche aurait maltraité les réactionnaires homophobes de LMPT, en accueillant aussi en grande pompe, et même en en décorant, des chefs d’État très anti-LGBTI : de l’américain Trump (invité au défilé du 14 juillet !), l’égyptien Sissi… Tout en n’ayant aucune réaction sur la situation dans des pays aux administrations extrêmement homophobes. Aussi bien au sein de l’UE, où aucune sanction n’a été prise contre la Pologne ou la Hongrie. Ou à l’international avec la Turquie, l’Algérie, l’Égypte, le Sénégal, la Russie (Tchétchénie incluse), les pétromonarchies du Golfe, le Maroc, le Nigeria, la Lybie, l’Indonésie, les 3 états baltes d’Europe.
  4. Avec des hausses records, plusieurs années de suite, des violences anti-LGBTI, y compris avec des meurtres effroyables ces mêmes années, le pinkwashing constant de la majorité ne peut effacer ces victimes, encore moins en se basant sur les chiffres indiqués pour 2020, une baisse ridiculement faible, très largement due aux longues périodes de confinement que la crise de la Covid-19 a imposé et aux couvre-feux qui durent encore tous les soirs.
  5. La loi Avia, presque intégralement censurée par le Conseil constitutionnel, prétendant lutter contre les discours de haine en ligne est en réalité plus nocive pour les droits et libertés et laisse libre cours à des censures automatisées de la part des plateformes. Elle a été dénoncée par les associations, notamment LGBTI.
  6. Aucun effort réel, seulement de la communication, et de petites manipulations grossières (si ce n’est un pinkwashing inédit), bien éloigné des vraies actions de fond, durables et financées, des formations et des programmations législatives toujours attendues… Le copinage répété et aggravé des équipes Macron avec des personnages au moins ambigus, comme le forain millionnaire populiste condamné en justice Marcel Campion, ou encore Cyril Hanouna (sur la chaine C8, des groupes Canal+ et Vivendi), lui aussi condamné pour homophobie par le CSA et le Conseil d’État.
  7. Alors que la PMA pour les couples de lesbiennes et les femmes célibataires est validée depuis… juin 2017, par le Comité national consultatif d’éthique (CNCE), la loi n’est, à ce jour, toujours pas votée. Quatre années de perdues… Les déclarations ridicules du ministre Véran qui prétend que des enfants nés de PMA réalisées en France pour des lesbiennes ou des femmes célibataires naitront dans l’année qui arrive démontrent son incapacité à comprendre le parcours des patientes, tant du fait du calendrier législatif que des pénibles délais médicotechniques, pour toutes les femmes qui ont recours à une PMA.
  8. Le « Plan national d’actions pour l’égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+ 2020–2023 », présenté avec 1 année de retard — qui a valu une si grande baisse pour la France au classement ILGA Europe de 2020 — ne contient aucune nouvelle loi, n’en présente aucune de votée et n’indique aucun moyen humains ou financiers.
  9. Retour des fichages policiers (police et gendarmerie) en tous genres, y compris celui des LGBTI. Il a fallu une condamnation du Conseil d’État — obtenue par HES et Isoc France entre autres —, pour que le sinistre décret GendNotes, rédigé par les services de Christophe Castaner, soit admis comme liberticide. Dans un contexte de récolte tous azimuts de données personnelles et de brassage du « big data », y compris via des services publics, les récents projets de loi « sécurité globale » ou « renseignement » qui visent à toujours plus de surveillance, de traitements automatisés des données et autres algorithmes pseudocomportementaux sont des démarches qui posent de sérieuses questions sur le respect des libertés personnelles et de la vie privée. Le tout, alors que Darmanin indique, dans un débat télé, qu’il trouve Le Pen « trop molle ».
  10. Dans les rares cas où une loi de cette majorité aurait pu être bien accueillie, l’augmentation du congé paternité en France, qui passe de 14 à 28 jours en juillet 2021, ne sera pas ouverte aux pères homos.
  11. Les mineurs trans, très mal traités par le gouvernement et les services de l’État, notamment au sein de l’institution scolaire. Entre les réactions déplacées de professionnels non formés et les déclarations invraisemblables de rectorat, conduisant à des mégenrages et des suicides.
  12. Les deux plus grandes associations trans ont été refusées dans le comité de suivi du plan national LGBT, et les services du ministère ont établi une liste ridiculement réduites d’associations, ne pouvant qu’écouter ce que la ministre et son cabinet ont à dire…
  13. Les LGBTI sont largement exclus de la loi Sports, sans aucune raison logique ou sportive.
  14. De tragiques multiples retards ont eu lieu dans la prévention et le suivi face au VIH-sida, avec les reports de la primoprescription de la PrEP par les médecins généralistes, laissant filer les contaminations pendant ces délais.
  15. Lors de l’hommage national rendu au grand résistant et proche de Jean Moulin, Daniel Cordier, en novembre 2020 aux Invalides, Emmanuel Macron a refusé de citer son homosexualité, alors que lui-même la revendiquait clairement et fièrement, préférant une périphrase sur un homme « libre de ses amours », obscure et honteuse.
  16. En 2021, la France (membre du G7 et du G20) ne consacre que 110 000 € par an, pour la promotion des droits LGBTQI+ dans le monde, malgré un vaste réseau diplomatique et culturel déployé sur tous les continents. La Suède y consacre 12,6 millions d’euros, le Royaume-Uni 7,8 M €, et les Pays-Bas 5,7 M €, alors que deux de ces pays ont bien moins d’habitants et des budgets « Affaires étrangères » bien moindres que la France.

Un chiffre qui ne doit pas masquer la réalité

Alors que l’ILGA Europe sort sa traditionnelle Rainbow map ce 17 mai avec l’index annuel qui classe les pays du continent sur l’échelle des droits LGBTI. La place continue de la France à la 13e place illustre une triste réalité qu’il convient de rappeler, après la honteuse et mensongère séquence de décembre 2020 :

 

  • À la fin du mandat 2012–2017, la France obtenait 73 % de satisfaction des critères de l’ILGA Europe et s’était hissée jusqu’à la 5e place (pour rappel, à la fin du mandat Sarkozy, la France avait 44 % de critères remplis et était 24e).
  • Depuis l’arrivée de Macron au pouvoir, et le score et la place de la France ont chuté depuis 3 ans.
  • Rester à la 13e place et n’avoir que 57 % de remplissage des critères [donc toujours pas au niveau où la France était avant] est une démonstration des retards pris par notre pays et des reculs graves connus par nos voisins !
  • Aucune loi luttant contre les thérapies de conversion ne sera votée, cela a été indiqué par la ministre Moreno.
  • La PMA est toujours bloquée dans le calendrier parlementaire après 4 années de refus et reculs.
  • Une majorité de droite, alliée avec la droite classique, dont les ministres régaliens viennent d’elle et promeuvent ses idées ne saurait s’en tirer à bon compte pour les droits LGBTI si demain la PMA, depuis longtemps due, finissait enfin par être votée…
Retrouvez l’historique des classements de la France par l’ILGA Europe

https://hes.lgbt/places-de-la-france-au-classement-lgbt-dilga-europe/